Lettres - L'attitude paradoxale de Guy A. Lepage

Le Devoir nous apprenait lundi matin que Guy A. Lepage trouve épouvantable l'unilinguisme anglais de certains cadres de la Banque Nationale et de la Caisse de dépôt. Il songerait même à retirer son argent de la Banque Nationale, dont il est client depuis longtemps. Je le félicite de cette attitude et j'invite tous les Québécois à l'imiter en ne faisant plus affaire avec des commerces et des compagnies qui ne respectent pas la loi 101 dans leur accueil au client et dans leur affichage.

Dans le même article, Guy A. Lepage affirme aussi en parlant de Pascale Picard, une jeune Beauceronne qui compose et ne chante qu'en anglais: «Un francophone qui vise le marché international et qui chante en anglais, je peux comprendre, mais un franco qui chante en anglais pour un marché local, je trouve ça encore étrange.» Et là, je ne comprends plus: pourquoi s'entête-t-il alors à faire jouer des chansons en anglais pendant son émission Tout le monde en parle? À ce que je sache, Radio-Canada s'adresse à un public dont la langue est le français et je ne pense pas que l'auditoire de Tout le monde en parle soit international... Pourquoi alors nous imposer ces chansons en anglais? Pourquoi ne pas encourager nos artistes qui chantent en français et qui ont besoin pour être connus, ou pour vivre tout simplement, d'un véhicule comme cette populaire émission de télé?

«S'inquiéter pour la langue française à Montréal est insuffisant. Il faut agir, croit Guy A. Lepage.» Je suis absolument d'accord avec lui et c'est la raison pour laquelle je lui demande officiellement de ne plus faire jouer de chansons en anglais pendant son émission Tout le monde en parle. Guy A. Lepage doit donner l'exemple pour que cesse cette utilisation abusive et de plus en plus fréquente de chansons anglaises dans les séries télévisées et les films québécois.

***

Claude Bachand - Laval, le 28 novembre 2011

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17 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 30 novembre 2011 06 h 05

    Numéro d'équilibriste au-dessus du vide

    Pour ma part, j'aime bien l'émission Bar ouvert animée par Christian Bégin, un piano-bar déjanté où celui-ci joue le rôle d'une sorte de crooner (il joue j'espère car il n'a rien d'un chanteur de charme). Mais le bar s'ouvre presque systématiquement par une chanson tirée du répertoire américain des années folles.
    Ce n'est pas désagréable puisque c'est dans l'esprit de ce cabaret "ce all you can drink du spectacle", dit Bégin, mais on peut se demander quel message il nous envoie ou qu'est-ce qui est en train d'insidieusement se produire avec tout ça.
    Il y a semble-t-il une volonté ferme d'affirmer son appartenance nord-américaine tout en soutenant notre spécificité francophone.
    On fait le pari de pouvoir maintenir cette dualité. Mais c'est un jeu dangereux et ce danger même semble séduire.

  • Huguette Federer - Inscrit 30 novembre 2011 07 h 13

    la qualité du français est aussi importante

    C'est bien beau tout ça , mais M Lepage est loin d'être un bon exemple , il parle un français approximatif , il y aurait aussi un travail à faire de ce côté la ...

  • Michele - Inscrite 30 novembre 2011 08 h 08

    $$$

    Alors qu'en 1970, il y avait de nombreux consommateurs de musique contemporaine au Québec, du moins assez pour faire survivre de nouveaux auteurs -compositeurs-interprètes francophones, en 2011 le marché n'est plus là. C'est simple, pour faire de l'argent maintenant, il faut que les artistes visent l'âge d'or ou l'étranger. C'est une question de survie, une manière de contourner les apories d' un marché limité.

  • Bernard Dupuis - Abonné 30 novembre 2011 09 h 13

    @ Michele

    Si les artistes visent le marché anglais, pourquoi une chanteuse comme Pascale Picard fait-elle un lancement de disque monolingue anglais, à Montréal, à des francophones? Cela ne serait-il pas plus rentable pour elle qu'elle le fasse à Ottawa, ou à Toronto où même à New York? D'ailleurs, c'est ce que Céline Dion a la décence de faire. Au moins, elle a fait ses lancements de disques anglais à Las Vegas.

    Le problème ce n'est pas d'empĉêcher les artistes de gagner leur vie. Toutefois, il faut éviter absolument d'envoyer le message que le marché francophone est négligeable et que l'anglicisation complète de Montréal n'est qu'une question de temps.

    Les tenants de l'anglicisation de Montréal savent très bien quoi faire: inonder d'anglais la société montréalaise par l'affichage, par des patrons monolingues anglais, par les arts, la musique, le théâtre, etc.

    C'est bien dommage que certains artistes francophones doivent passer à l'anglais pour gagner leur vie, mais qu'ils le fassent à l'étranger et qu'ils ne manquent pas de respecter ceux qui comme nous veulent la survie notre langue française à Montréal.

    Bernard Dupuis, Berthierville

    Ps: je me demande pourquoi vous écrivez votre prénom sans accent.

  • Jean Lapointe - Abonné 30 novembre 2011 09 h 39

    Comment expliquer une telle susceptibilité?


    Nous sommes heureusement très nombreux au Québec à être extrêmement susceptibles quand il s'agit de notre langue que nous voulons conserver, et aussi améliorer. Nous ne laissons rien passer.

    Et c'est tant mieux parce que cela veut dire qu'il y en a au moins un certain nombre parmi nous qui ne veulent pas mourir.

    Mais ce n'est pas le cas de tous les Québécois ( même chez les parlants français) et c'est bien ce qui nous inquiète je pense.

    Il y a une explication à tout cela. Et cette explication il faut la rechercher dans le passé évidemment .

    Il reste que je trouve que c'est un peu maladif de notre part parfois.

    Moi-même je ne peux déambuler dans les rues de Montréal sans être continuellement attentif à ce que je vois. Et je rage à l'intérieur de moi la plupart du temps à cause d'une trop grande présence de l'anglais aux dépens du français et aussi à cause du nombre de fautes et d'erreurs que je décèle dans les annonces publicitaires en français.

    Je me dis souvent que ce n'est pas normal d'être à ce point préoccupé par le français et qu'il devrait bien y avoir moyen d'améliorer la situation pour éviter que nous soyons aussi obsédés par la question de la langue.

    Et j'en viens à penser que le seul moyen de remédier à cela serait de faire du Québec un pays indépendant.

    Pourquoi? Parce qu'enfin je me dis que nous serions un peu plus rassurés de pouvoir survivre même, si côté français, il y aurait encore des précautions à prendre.

    Mais au moins il me semble qu' on pourrait enfin respirer un peu mieux parce qu'on saurait que les Québécois qui tiennent à leur langue seraient au pouvoir.

    Nous ressentirions beaucoup moins d'insécurité.