Lettres - Bien faire ou bien paraître?

C’est sans tambour ni trompette que la Ville de Montréal adoptera discrètement aujourd’hui la nouvelle mouture de son code d’éthique et de conduite à l’intention des membres du conseil.

C’est dans le sillage de la loi 109 sur l’éthique et la déontologie dans le milieu municipal, qui oblige les municipalités à adopter ou à réviser leur code d’éthique, que la ville de Montréal a choisi de suivre la lettre de la loi et a procédé à quelques améliorations à son code précédent adopté en 2009.

Il est étonnant que la Ville de Montréal, qui ne cesse de clamer haut et fort son caractère unique, qui tente de convaincre qu’elle est une métropole de la culture et qui rabâche constamment sa volonté d’innovation, se soit simplement satisfaite d’un code qui n’a d’éthique que le nom, qui est tout à fait semblable aux autres codes des autres municipalités québécoises, qui ne reflète en rien sa culture propre et qui n’innove pas. À sa lecture, le code d’éthique de la Ville de Montréal pourrait tout aussi bien être celui de n’importe quelle municipalité.

De plus le code proposé, fort en interdictions de toutes sortes, réduit l’éthique à l’obéissance tout en négligeant le fait que celle-ci a comme ambition de «Bien faire» et dépasse largement le seuil de «ne pas mal faire». Certes, on y mentionne bien quelques valeurs en introduction, mais force est de constater que celles-ci sont traitées comme des lieux communs sans aucune précision et qu’elles n’influent en rien sur les nombreuses interdictions du code. Il importe de savoir que l’éthique est une recherche et un questionnement sans cesse reconduits, qui se résument au fond à cette simple question: «Que faire pour bien faire?» — quand le code, coupant court au questionnement, donne plutôt une réponse: «Vous devez (faire ceci)»; «Vous ne devez pas (faire cela)».

L’éthique est affaire de culture, et il faut rappeler qu’une culture ne se change pas seulement par la publication d’un code. L’éthique a comme tâche de favoriser l’éclosion d’une culture qui inspirera les élus, pas de les infantiliser.

Actuellement, la culture éthique de la Ville de Montréal ne se démarque pas, ainsi, on ne la remarque pas... on n'en remarque que les manquements. Ce sont d’ailleurs ces mêmes manquements qui font que l'on ne parle d'éthique qu'en termes de conflits, d’allégations de fraudes ou d'abus.

Dans son état actuel, le code d’éthique de la Ville de Montréal lui permettra d’affirmer qu’elle a bien suivi les recommandations imposées par la loi 109. Mais, soyons honnêtes, ce n’est pas en se satisfaisant de simplement «suivre» qu’une ville peut grandir. L’éthique sans les valeurs, c’est de la pub.

***

René Villemure - Président de l’Institut québécois d’éthique appliquée, Montréal, le 20 octobre 2011

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2 commentaires
  • Gaetan-Daniel Drolet - Inscrit 24 octobre 2011 07 h 44

    A-thique Ô-thique mais pas ET-thique...

    Si un code doit réfléter quelque chose c'est bien le choix de ceux qui le choississent. Et pourtant, dans l'adoption de ce code l'on sent le début, car dès les premières lignes du projet de loi « que l'on considère? Non! Plutôt, que l'on impose POUR un souci d'été hique! » L'on oblige à être concerné d'une façon plutôt que d'une autre... C'est curieux compte tenu du fait que tous ayons le «concern» ou le souci si vous préférez, déjà-toujours-et-d'abord bien développé. Si l'exercice, la pratique et l'effort de la constance sont des gages d'habiletés et d'expertises, je me demande bien en quoi les employés de la Ville de Montréal deviennent des citoyens plus éthique en adoptant quelque chose qui les concerne à 100% d'une façon, mais qui à x% vote son choix... Un code imposé, volé, voté qui ne donne pas de choix est pour moi un parapluie, une toile de para-être au stade qui pèse déjà lourd. Prêts à défendre les valeurs de la Ville de Montréal?

  • Jean de Cuir - Abonné 24 octobre 2011 12 h 48

    Bravo!

    Mais Bravo et bravo !