Lettres - Le syndrome montréalais

Dans Le Devoir de la fin de semaine dernière (17 et 18 septembre), Denise Bombardier explorait dans sa chronique les derniers soubresauts de la politique québécoise et, en fin d'analyse, elle s'attardait, entre autres, sur la faiblesse du français chez nous.

Sa démonstration était bien rendue et ses opinions, partagées par bon nombre de Québécois. Cependant, elle terminait son article par un paradoxe étonnant qui relève de ce que j'appelle depuis 40 ans, le syndrome montréalais. Ce syndrome se manifeste quand le Montréalais se trouve en présence d'un locuteur qu'il croit anglophone (un vrai Anglo, un immigrant ou toute tête qui ne ressemble pas à un «pur laine»). Aussitôt, le Montréalais se met à s'adresser à l'autre en anglais. C'est un réflexe spontané, aussi immédiat qu'irréfléchi. Un pur travers de colonisé. Travers dans lequel notre Denise Bombardier est tombée, en bonne Montréalaise qu'elle est, en disant à une dame de dépanneur qui lui parlait en anglais: «You will have to learn French.»... Et si notre bonne Denise avait plutôt dit à cette dame: «Vous devez apprendre le français», cela n'aurait-il pas été, pour cette dame, un premier pas utile dans l'apprentissage de notre langue?

***

Renald Tremblay - Montréal, le 20 septembre 2011

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

8 commentaires
  • Mr. Icon - Inscrit 22 septembre 2011 08 h 58

    Mon expérience

    Je suis allophone immigrant et j'habite a Montréal depuis 6 ans. J'ai appris parler français hors du Québec, alors mon accent et clairement ce qu'on appel "pas d'ici". Voilà ce qui se passe très souvent : beaucoup des francophones avec qui je commence en français changent immédiatement à l'anglais. J'ai demandé plusieurs fois pourquoi et j'ai reçu comme réponse que c'est "plus facile pour eux de parler anglais que parler le 'français hors d'ici'". Le seul moyen pour moi de continuer en français dans une situation pareille, c'est de faire semblant que je ne parle pas un mot d'anglais (ce qui est faux).

    Si vous voulez mieux franciser les immigrants, il faudra peut-être commencer par vous-mêmes?

  • d.lauzon - Inscrite 22 septembre 2011 09 h 26

    Un réflexe à surveiller

    J'habite en région et quand je vais dans les différents commerces à Montréal, je me fais un devoir de m'adresser aux commis en français et ce, même si je suis parfaitement bilingue. Si personne ne peut me répondre en français, eh bien je quitte les lieux.

    Il est de notre devoir, si on est le moindrement concernés(es) par la survie du français au Québec, de s'affirmer et d'envoyer un message clair à tous ceux qui n'ont pas encore compris qu'on tient mordicus à défendre notre langue.

    Aussi, le Gouvernement du Québec devrait tout mettre en oeuvre pour que les jeunes fréquentant les écoles anglaises soient en mesure de parler le français couramment dès la fin du primaire et cet enseignement intensif du français devrait se poursuivre au Secondaire et au Cégep. Par la méthode axée surtout sur la communication verbale, comme cela se fait pour l'apprentissage d'autres langues, et par des échanges avec des jeunes des écoles françaises pour des activités culturelles et sociales, ces jeunes, une fois à l'aise dans notre langue, seraient beaucoup plus enclins à se mêler à la communauté francophone. Il est inacceptable de laisser les anglophones vivre dans leurs quartiers sans contacts directs avec les francophones. Un tel phénomène est impensable en France et il ne devrait pas l'être ici.

  • Marc-Antoine Daneau - Inscrit 22 septembre 2011 09 h 45

    En effet!

    Il suffit de ne pas parler anglais au Québec. Ça serait déja un bon début...

  • Sylvain Auclair - Abonné 22 septembre 2011 11 h 25

    C'est ce que je fais toujours...

    mais on regarde toujours avec étonnement, sinon avec effarement...

  • Michel Paillé - Abonné 22 septembre 2011 16 h 39

    @Mr Icon


    Une Anglo-Ontarienne du nom de Cassandra a pris la peine de chercher mon adresse Internet pour m’envoyer un courriel. Elle m’a raconté la même expérience que vous. Son témoignage fut si important pour moi que je l’ai inséré sur mon blogue (http://demolinguistique.blogspot.com/2011/02/les-q ). Je vous donne le même conseil : ne parlez que français aux Québécois. Insistez. Ils finiront peut-être par comprendre avant qu’il ne soit trop tard.

    Michel Paillé, démographe, Québec

    http://michelpaille.com