Lettres - Le suicide assisté serait une mort digne?

En Colombie-Britannique, une femme atteinte de la maladie de Lou Gehrig revendique son droit à un suicide assisté. Alors que les gouvernements font des campagnes de prévention contre le suicide, ils se retrouveraient bientôt engagés dans la prestation du suicide assisté comme une «mort digne» (mais seulement pour un petit groupe bien restreint?

Le deuxième message ne va-t-il pas à l'encontre du premier? Et ne serait-il pas discriminatoire de refuser le suicide assisté aux personnes souffrant psychologiquement? Aujourd'hui, il y a moyen de vivre n'importe quelle mort naturelle en toute dignité, dans le confort et avec un minimum de douleur, pourvu que les personnes qui nous aident le fassent avec beaucoup de respect et d'admiration, quel que soit notre niveau d'autonomie. Nul besoin de légaliser le suicide assisté et de mettre en péril la vie des personnes malades, âgées ou handicapées qui, elles, seront vues comme des «sans coeur» si elles n'acceptent pas de «dégager».

Léguer aux jeunes une mort par suicide est un très mauvais cadeau à leur faire, alors que vivre pleinement jusqu'à la mort naturelle est un exemple de courage et de dignité qui les incitera à ne pas laisser les épreuves les terrasser.

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Isabelle Bégin-O'Connor - Gatineau, le 5 août 2011
6 commentaires
  • Fabien Nadeau - Abonné 8 août 2011 06 h 34

    Décider pour les autres

    La vie est la valeur la plus importante. Mais quelle vie?

    On a entendu (et entend encore!) des arguments semblables lors des débats sur l'avortement. Tu t'es fait violer, ma fille, tant pis pour toi. Tu dois porter dignement cette vie non désirée... Tu en as pour 20 ans, ma cocotte. Après tu pourras vivre ta vie...

    Je crois que la société n'a pas à décider pour moi de ce que je fais de ma vie. Je la vivrai jusqu'au bout dans la dignité, y compris décider dignement d'en finir quand il n'y aura plus de dignité. Je ne demanderai la permission à personne. Et si j'en suis devenu incapable, j'espère ne pas avoir à quêter le droit d'en finir dignement.

  • Yvon Bureau - Abonné 8 août 2011 06 h 58

    Pour une terminologie appropriée

    Que vous avez raison : parler de suicide assisté pour les grands finissants de la vie est tout à fait inopportun et inapproprié. Comme vous, je n’aime pas du tout cette expression; par soutien aux désespérés qui pourraient être tentés d’en finir par suicide; par respect pour le généreux travail de bien des bénévoles et des professionnels œuvrant ardemment en prévention du suicide. Ce que veut le mourant au Québec, c’est une aide de son médecin pour terminer sa vie, si nécessaire et si choisie; comme le CMDL, il veut que cette aide soit reconnue comme un soin approprié de fin de vie. Selon moi, il a assez large consensus sur cette reconnaissance.

    Lors de son passage à Rimouski, le 19 novembre dernier, la Commission parlementaire sur la question de mourir dans la dignité a reçu comme témoin monsieur André Pelletier de Baie Comeau. Honoré et médaillé à l’ANQ pour son long travail de prévention du suicide, ce monsieur s’est opposé de toutes ses énergies à l’utilisation de ces deux mots. «Inapproprié» a-t-il dit.

    Ce monsieur est d’accord avec la terminologie adoptée par le Collectif mourir digne et libre (CMDL) : pour une aide médicale active à mourir, encadrée et contrôlée, afin qu’un mourant termine sa vie, à sa demande expresse et si nécessaire, et si respectueuse du cadre légal établi.

    Je vous invite à écouter le témoignage de monsieur André Pelletier : http://www.assnat.qc.ca/fr/video-audio/AudioVideo- .

    Continuons ensemble à soutenir fortement le travail de la prévention du suicide. Et, quand on parle d’une aide médicale active à mourir pour un mourant qui veut mourir, donnons-nous une terminologie qui soit respectueuse des situations et rassembleuse.

  • Sylvain Auclair - Abonné 8 août 2011 09 h 28

    Comme l'avortement

    J'imagine que Mme Bégin-O'Connor est en bonne santé. Dès lors, sa position quant au suicide assistée de personnes qui n'ont plus aucun espoir d'une vie le moindrement digne s'apparente un peu aux discours des hommes qui veulent interdire aux femmes le droit à l'avortement.

  • Notsag - Inscrit 8 août 2011 20 h 17

    En attendant l'accès au soins palliatifs, que fait-on?

    "Aujourd'hui, il y a moyen de vivre n'importe quelle mort naturelle en toute dignité, dans le confort et avec un minimum de douleur..."

    Vous avez bien raison. Toutefois, il y a un sérieux problème d'accès. Le nombre de lits en soins palliatifs est extrêmement limité. Alors, pourquoi ne pas accorder une alternative aux malchanceux qui n'ont pas accès à de tels soins.

    Lorsque le nombre de place en soins palliatifs sera suffisant, la loi autorisant le suicide assisté deviendra caduque, parce plus personne n'aura besoin d'y avoir recours.

  • Renaud Guénette - Inscrit 8 août 2011 22 h 37

    Vous n'attendez pas la mort

    Madame Bégin-O'Connor. Vous semblez croire qu'une petite pilule peut alléger l'inéluctable. Laissez moi vous dire que l"agonie est , de loin, plus pénible. Ayant perdu les gens que j'aimais le plus dans une fin sans fin et, d'atroces souffrances, je trouves votre raisonnement sans compassion. Personnellement, quant je ne pourrai plus endurer ma maladie, je prendrai les mesures nécessaires. Chacun a le droit de décider de sa fin. Quant il n'y a aucune possibilité de survie,.Pourquoi, par simple égoisme, choisir de souffrir. Comme disent certains commentateurs, ''On achève bien les chevaux''.