Lettres - De la responsabilité ministérielle

L'effondrement de la structure de béton sur l'autoroute a mis en relief, une fois de plus, la précarité de nos infrastructures, après des années de sous-investissement. Plusieurs citoyens se demandent quel sera le prochain ouvrage qui s'écroulera. Cependant, les citoyens constatent qu'il n'y a pas que les infrastructures qui s'écroulent: la responsabilité ministérielle en période de crise semble suivre la même voie.

L'écroulement de la structure du tunnel nous a permis, certes, de voir le ministre des Transports Hamad sévir lors d'un fugace point de presse visant à faire semblant que «tout va bien, Madame la Marquise». Par contre, le gros des interventions qui ont été faites par la suite l'a été par des fonctionnaires. Tout de suite après l'événement, on a demandé à une porte-parole du ministère de rassurer la population. Le lendemain, c'était une sous-ministre adjointe qui, en entrevue à la radio de Radio-Canada, défendait le travail de son ministère.

La pratique visant à exiger des fonctionnaires, soient-ils sous-ministres, d'aller défendre la politique du ministère est répréhensible sous deux aspects. D'une part, elle nuit grandement au nécessaire débat politique, en ce sens que les fonctionnaires ne pourront jamais publiquement remettre en cause la politique menée par le gouvernement. Par exemple, que peut répondre un fonctionnaire à la question suivante: «Est-ce que la politique du plus bas soumissionnaire ne pourrait pas expliquer la mauvaise qualité de certaines infrastructures?» La seule réponse possible pour un fonctionnaire est une platitude du genre «le ministère suit les politiques en vigueur». D'autre part, elle masque les performances du ministre, ce qui ne permet pas à la population d'évaluer le travail des élus.

Malheureusement, l'utilisation de ce stratagème semble en nette augmentation depuis la prise de pouvoir du gouvernement de M. Charest. Elle sert certainement ses intérêts partisans, en exposant peu les nombreux éléments faibles de son gouvernement, mais dessert le fonctionnement des institutions démocratiques de la nation, au détriment de la confiance que l'ensemble des citoyens porte en elles.

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Jocelyne Carrier - Montréal, le 2 août 2011

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