Lettres - Le film, objet anthropologique

Et de trois!, m'exclamais-je lorsque j'aperçus l'affiche promotionnelle pour le moins cocasse (l'allusion sexuelle est d'une subtilité rare) du film Amis modernes avec Justin Timberlake et Mila Kunis. Après L'Amour et les autres drogues et Ça n'engage à rien, c'est le troisième film en moins d'un an qui vient se frotter au phénomène des «fuck friends».

De toute évidence, l'engouement d'Hollywood pour cette tendance sociologique révèle que cette dernière a durablement contaminé les moeurs occidentales. Aujourd'hui, sortir un film sur le sujet semble être une simple formalité pour les grands studios. Parfait exemple d'objet anthropologique, Amis modernes agit essentiellement en miroir de la société et vient poursuivre l'enracinement du phénomène des «amis avec avantages». En somme, ceux qui craignent l'engagement et les sentiments amoureux ont encore de beaux jours devant eux.

***

Étienne Boudou-Laforce - Québec, le 12 juillet 2011

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4 commentaires
  • Jean-Pierre Martel - Abonné 16 juillet 2011 11 h 06

    Cachez ces « fuck-friends » que je ne saurais voir...

    Depuis deux mille ans, l’Occident est partagé entre une sexualité confiné au mariage et à la reproduction (proposée par les principales religions monothéistes) et une sexualité libre (héritée du paganisme romain).

    Parallèlement, durant tout ce temps, la reproduction artistique du corps humain en Occident a oscillé entre ces deux tendances opposées. En Asie, le même phénomène existe, entre l’interdiction absolue de toute représentation humaine dans les mosquées et les Kâma-Sûtra sculptés sur la façade de temples indous.

    Depuis trois décennies, un courant conservateur tente vainement d’harnacher la sexualité populaire vers les organes reproducteurs de l’épouse bien-aimée.

    Heureusement, les adolescents d’aujourd’hui vivent leur sexualité comme ils l’entendent et non comme le veut la morale hypocrite de l’Amérique bien-pensante. Conséquemment, les « fuck friends » existent aujourd’hui comme ils ont toujours existé dans l’aristocratie européenne.

    L’auteur de cette lettre au Devoir s’indigne que trois films en un an soient apparus sur le thème des liaisons érotiques amicales. En supposant que ce soit trois navets, doit-on blâmer Hollywood pour avoir abordé maladroitement un tel sujet ? Si cela n’intéresse personne, il n’y en aura pas d’autres.

    D’ici là, je m’oppose à l’autocensure qu’on voudrait imposer à l’industrie cinématographique.

    Quant à la conclusion selon laquelle « …ceux qui craignent l'engagement et les sentiments amoureux ont encore de beaux jours devant eux », je me demande en quoi cette « irresponsabilité » concerne l'auteur de la lettre au Devoir ?

    (pour mon opinion au complet :
    http://jpmartel.wordpress.com/2011/07/16/fuck-frie )

  • johanne fontaine - Inscrit 16 juillet 2011 17 h 24

    Je la trouve très bien moi, cette lettre au Devoir...

    Et je ne vois pas ce qui empêche Monsieur Boudou de nous faire part
    de sa morosité face à ce genre de navets.

    Merci à lui de nous communiquer son impression, il nous sensibilise à la chose. C'est une initiative parfaitement citoyenne et saine que de protester face à l'insignifiance, la vacuité, la disparition de l'art.

    Parlant d'art, j'ai vu cette semaine, dans le cadre du Festival de Lanaudière, un petit bijou de film: Le Concert.

    Merci Alex Benjamin et à la direction du festival de nous donner la chance d'assister à ce genre de représentation.

    A l'amphithéâtre de Joliette.

    Tous les mardis de juillet

    Gratuitement, par dessus le marché.

    Johanna Fontaine
    St-Cuthvert

  • Etienne Boudou-Laforce - Inscrit 16 juillet 2011 22 h 34

    Je partage votre avis !

    Cher M. Martel,

    Au contraire de ce que vous pouvez penser, je partage votre avis sur la question des « amis avec bénéfices ». Si vous voyez en moi un simple réactionnaire/catho qui s'indigne, c'est votre liberté. Je suis tout à fait favorable aux « liaisons érotique amicales». Je me ravie que ce phénomène sociologique (qui ne date pas d'hier) soit plus assumé que jamais au sein de l'occident, c'est même encouragé parfois. Mon humble propos était le suivant: ''On peux constater qu'Hollywood vient officialiser la tendance, elle vient enfoncer le clou''. Concernant la qualité des longs métrages, à ce que je sache, je ne me suis même pas prononcé sur la question. En passant, j'ai bien aimé lire votre texte, ce fut instructif.

    Au plaisir.
    Étienne B.Laforce

  • Jean-Pierre Martel - Abonné 17 juillet 2011 21 h 32

    Tant mieux si nous sommes du même avis

    À M. Etienne Boudou-Laforce :

    Désolé si j’ai mal interprété vos propos.

    Un aspect que je n’ai pas abordé, c'est l’attitude parentale.

    Si les liaisons érotiques amicales existent depuis longtemps, ce qui est nouveau, c’est qu'elles impliquent de nos jours des liaisons entre mineurs.

    Il est facile de fermer les yeux sur des liaisons entre <em>adultes</em> consentants. Mais c’est un sujet troublant pour les parents d’un adolescent mineur impliqué dans une telle liaison.

    Est-ce que le sexe social, en dehors de tout lien amoureux, prépare à la vie ou est-ce un handicap à développer une vie adulte épanouie ?

    Je n’ai pas la réponse à cette question et j’ai l'impression que le phénomène est tellement récent qu’il n'existe pas de réponse scientifique à cette question.

    En absence de données factuelles, le parent doit donc suivre son instinct. Pas facile, de nos jours, d’être parent...