Lettres - Justice rendue

Maître Poupart,

Humblement, permettez-moi de vous féliciter d'avoir fait la preuve de la non-responsabilité criminelle de Guy Turcotte dans les gestes posés ayant causé la mort de ses deux enfants. Je suis soulagée de ce verdict que le jury a posé avec sérieux, après cinq longues journées de délibérations.

Je suis peinée de la malice de certains, de l'esprit de vengeance dans leurs propos et de leur manque de compréhension de la maladie mentale suite à des traumatismes psychologiques et l'incapacité d'adaptation, même chez une personne instruite et à l'aise financièrement. D'ailleurs, je ne crois pas que cette cause sera un précédent pour d'autres comportements semblables puisque chaque cas est unique dans la preuve à démontrer.

Par contre, je crois que notre société doit se poser de sérieuses questions quant à son fonctionnement puisque de tels événements horribles ne devraient pas avoir lieu. Comme je vous l'ai déjà écrit, je crois que nous, individuellement et collectivement, devons apprendre à chercher de l'aide professionnelle lorsque nous sommes en détresse avant des événements fatidiques. Sans aucun doute, nous devrions d'abord recevoir une formation qui commence tôt dans la vie sur les façons de faire face à la vie, dans ses hauts et ses bas, en toute solidarité. On ne nous enseigne plus ces choses de base, même plus dans nos familles et encore moins à l'école.

***

Madeleine LeMay - Le 5 juillet 2011

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5 commentaires
  • André Doré - Inscrit 7 juillet 2011 00 h 34

    Enfin...!!!

    Pour en avoir lus et entendus beaucoup ces derniers jours... Enfin, des propos sensés. Bravo à vous, madame LeMay.

  • Catherine Paquet - Abonnée 7 juillet 2011 06 h 35

    Quest-ce qu'un traumatisme psychologique

    Voilà la principale faiblesse de cette argumentation. Je me demande si on peut trouver un adulte, instruit ou non, riche ou pauvre, qui n'a pas été victime, un jour, d'un traumatisme psychologique. Divorce, décès d'un proche, faillite, acident.. Est-ce que ce genre de traumatisme doit excuser tout comportement qui peut en résulter?

  • Pierre Marcotte - Inscrit 7 juillet 2011 07 h 57

    Qui est la victime ici ?

    Mme Lemay trouve que l'assassin Turcotte avait besoin d'aide. Ses enfants, morts d'une façon affreuse, aux mains d'une personne qui aurait dû être leur protecteur, n'en ont pas eu, d'aide. Ils n'ont eu qu'une vision brève mais douloureuse de leur père qui leur tailladait les entrailles.

    Vengeance ? Non. La punition doit être à la mesure du geste posé. Nous sommes libres dans la mesure où notre liberté se termine là où commence celle des autres. L'assassin Turcotte a retiré cette liberté à ses enfants, il devrait maintenant perdre la sienne. Sans recourir à la peine de mort, qu'une nation moderne comme le Québec n'utilise pas.

    Je trouve désolant cette tendance à prendre le coupable pour une victime et oublier les personnes qui ont le plus perdu.

    Reposez en paix, les mousses. Votre maman vous aime.

  • François Dugal - Inscrit 7 juillet 2011 08 h 11

    Vengeance et malice

    Pour tuer ses enfants, il faut être malicieux et animé d'un esprit de vengeance.

  • Etienne Goyer - Inscrit 7 juillet 2011 16 h 09

    Malice et esprit de vengeance

    Je suis assez indifférent au sort de Turcotte, et j'ai fini de m'attrister de celui des enfants qu'il a tué. Ce qui me révolte dans ce jugement, c'est la minceur des arguments par lesquels il a été exonéré de la responsabilité du double meurtre. Deux psychiatres, payés de sa poche, diagnostiquent a posteriori une perte momentanée de la raison. On ne peux pas dire que ce diagnostic, purement spéculatif, fasse honneur à la profession. Les psychiatres ne sont-ils pas tenus à la rigueur dans l'exercise de leurs fonctions?

    Il y en a qui se réjouissent quand même du verdict, et qui se permettent d'attribuer du malice et de l'esprit de vengeance à ceux qui le mettent en doute. Ça me désole. Ce verdict illustre parfaitement bien le déficit de crédibilité du système de justice. On cache une partie de la preuve au jurés. On en expulse un sous prétexte qu'il était "partial" (comme si les autres ne pouvaient l'être). La défense s'attaque non pas aux propos mais à la réputation du psychiatre traitant, qui présente un diagnostic différent de ceux présentés par la défense. Est-ce que je peux m'indigner des ratés de notre système de justice sans qu'on ne m'attribue de mauvaises intentions? Ce n'est pas l'esprit de vengeance qui motive ma position, c'est l'esprit critique.

    Vous ne croyez pas que cette cause sera un "précédent". J'ai le regret de vous informer que, à moins qu'il ne soit portée en appel, le verdict fera jurisprudence. C'est précisement ce qui m'inquiète.