Libre opinion - Conjuguer pragmatisme et existentialisme à la CAQ

Force est de le constater, la Coalition pour l'avenir du Québec (CAQ), dont tous connaissent désormais les humbles fondateurs, semble voir se dessiner devant elle un scénario de plus en plus favorable à son introduction réussie sur la scène politique québécoise.

Elle est manifestement animée d'une verve réformiste la rendant suffisamment crédible auprès d'une majorité de Québécois qui semblent décidément en accord avec les paramètres établis lors de sa fondation. Il appert de surcroît que la perspective d'une réforme substantielle de l'État québécois et, d'autre part, d'une gouverne responsable qui n'entend plus «pelleter par en avant» fait largement consensus auprès de la population. L'approche de la CAQ se résume donc par une volonté de réponse pragmatique aux problèmes de taille qui guettent la société québécoise.

Cela étant dit, et puisque les réformes que la CAQ souhaite mettre de l'avant n'ont pas exactement l'allure de quelque remaniement par-ci par-là ou encore d'une réforme d'opérette, ses dirigeants devront envisager davantage que le vernis de la perspective du «changement» pour mener à bien ce qui leur tient à coeur. Ce qui manque cruellement à la CAQ pour s'ériger en une véritable option politique, c'est une dose d'existentialisme à la québécoise. En fait, l'introduction d'une variable toute simple, confession de ce qui semble à tout le moins l'animer: une allégeance au principe du Québec d'abord. Conséquemment, une commune allégeance au Québec comme nation d'histoire et de culture.

Ceux qui entendront le mot «nation» comme corollaire de nationalisme et conséquemment, de séparatisme, devront désormais comprendre une chose: que la nation n'appartient prioritairement à aucun groupe qui entend spéculer sur son avenir politique. Que le nationalisme, en somme, ne rime pas plus, a priori, avec séparatisme que le fédéralisme ne rime avec centralisme ou unitarisme.

Ce que la CAQ devrait proposer, conjointement à son volet réformiste, c'est le vernis de l'existence nationale, ou, tout simplement, l'explicitation du pourquoi de ce dernier: mettre à profit les conditions spécifiques de la conjoncture politique qui iraient dans le sens du maintien existentiel du peuple québécois et de ses traits distinctifs. C'est uniquement en procédant ainsi que la CAQ sera à même, pour ainsi dire, de suspendre momentanément la question nationale; soit en oeuvrant de telle façon qu'elle pourra être remise au jeu lorsque les Québécois croiront bon de rouvrir le dossier de leur avenir politique.

Du pragmatisme de la CAQ, il lui enjoint donc d'expliciter à qui et pourquoi il s'y destine. Cela étant, ce n'est qu'une fois posée la dimension existentielle comme condition préalable que la CAQ pourra prétendre constituer une véritable coalition vouée à l'avenir du Québec national. Car existe-t-il un autre véhicule politique que la nation, alors que les idéologies passent et se succèdent?

***

Mathieu Pelletier, Chambly

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6 commentaires
  • meme moi ici - Inscrite 7 juillet 2011 05 h 58

    encore un caqueteux

    j en ai marre du caquetage, du Caq et des journaleux vendus... on dirait que les médias ont bien réussi à vous leurrer M Pelletier... ca serait une bonne idée de s'ouvrir les yeux

  • Francis Robillard - Inscrit 7 juillet 2011 06 h 13

    Le choix de l'arrangement 1

    Depuis l'époque de Jean Lesage qui sous le couvert d'un nationalisme provincial a fini par mettre la table à un nationalisme québécois, au RIN, au parti québécois et à des référendums, jamais plus les pseudos fédéralistes canadien-français, comme Bourassa avec son "désormais" mensonger, se risqueraient à faire de l'ombre à Ottawa, quitte à faire du Québec, un semi-État, toujours plus pauvre, toujours plus désorganisé et dépendant.

    Une allégeance à un Québec d’abord, même s’il se limite aux seuls champs de compétences supposément exclusifs du Québec, comme la santé et l’éducation à l’intérieur du Canada selon la définition de « Nation » à la Stephen Harper est trop dangereuse pour nos orangistes locaux. Jean Charest l’a bien exprimé à ses ouailles obéissantes, le plan de Legault c’est toujours l’indépendance mais dans quelques années au lieu de maintenant.

    Soit, la corruption, le mensonge et la manipulation seront toujours l’apanage des partis voulant exercer le pouvoir dans la monarchie constitutionnelle qu’est le Canada, c’est une tradition. Les doubles discours, véritable marque de commerce des libéraux fédéraux et provinciaux, les tours de passe-passe anti parlementaire des conservateurs ou les volte-face des Néo Poteaux d’Ontario, le Québec n’étant pas seul sur cette planête et étant donné que le Québec est toujours à la fois prisonnier et héritier d’une illusion de démocratie à la solde d’intérêts oligarchiques la trop mince marge de manœuvre de tout gouvernement québécois nous impose de scinder notre processus démocratique.

  • Jean Lapointe - Abonné 7 juillet 2011 06 h 13

    Un vernis pour l'image.


    En être rendu à vouloir donner un VERNIS national à la Coalition dite pour l'avenir du Québec pour la rendre plus acceptable par la population c'est pitoyable.

    Il faudrait rappeler à ce monsieur que l'appartenance nationale c'est sérieux et que, dans ce domaine, on ne peut pas se permettre de faire semblant.

    C'est que le sentiment d'appartenance nationale donne un sens à la vie à une population et permet d'envisager l'avenir collectivement et non pas seulement en tant qu'individus.

    Déjà l'expression Coalition pour l'avenir du Québec, m'apparaît très contestable parce que l'avenir du Québec comme nation n'est justement pas pris en considération par ses fondateurs.

    C'est incroyable ce que l'obsession de l'image pour certaines personnes peut faire. Elle les amène à fausser la réalité au point de la vider de tout sens.

    J'espère que les gens ne vont pas se laisser prendre par ces fumistes.

  • Francis Robillard - Inscrit 7 juillet 2011 06 h 13

    Le choix de l'arrangement suite et fin

    Il doit y avoir au Québec une assemblée constituante qui regroupe tous les acteurs civils, universités, syndicats, partis politiques inscrits, groupe sociaux et communautaires, nations autochtones, personnalités et sommités de tous les milieux, experts internationaux pour mettre de l’avant tout les éléments de nécessaire à l’autonomie que recherche les québécois; Une charte constituante, la mise en place de forums régionaux. Le temps nous a démontrer que l’on ne pouvais compter sur aucun partis politiques, que ce soit le Bloc ou le PQ, à cause de leurs chaines aux pieds, pour un nécessaire plan de décolonisation, avant l’appel à l’exercice d’une quelconque souveraineté, même d’une semi-souveraineté quelconque à l’intérieur d’un Canada hyper ou modérément centralisé.

    C’est avec un tel organisme civil et indépendant fixant des échéanciers et des priorités, à l’écart des usages du parlementarisme britannique et de la constitution canadian dont nous sommes vraiment loin qu’il sera préférable d’avoir un parti politique provincial au pouvoir à Québec qui se bornera à ne s’occuper que d’un nombre limité d’action, laissant à l’assemblée constituante le soin de trouver les parades à tout se qui concerne la défense de la souveraineté et la pérennité des peuples du Québec.

  • Hyperbolique - Inscrit 7 juillet 2011 10 h 01

    Le nouveau parti libéral

    Croire que la CAQ sera faire différemment des autres partis traditionnels équivaut à vivre en aveugle et surtout quand on la justifie sur la base de l'affirmation nationale. Legault n'est pas du tout le premier à s'essayer et il sera confronté à la même logique de gouvernance que celle des Libéraux et Péquistes au pouvoir. On se retrouvera avec un autre parti libéral, aussi incompétent, mal avisé et corrompu, que celui dirigé par le gouvernement Charest. Pour pallier à l'Incroyable redondance de l'histoire, faudra d'abord réformer notre mode de scrutin et resserrer la loi du financement des partis politiques ainsi que de prévenir les risques de collusions entre le public et le privé. Et pour que le programme économique de Legault puisse se réaliser, il jouera bien entendu la carte de la dérèglementation tout azimut. Ce qui ne réglera rien.