Lettres - «Pipolisation» et monarchisme

Vers la fin du mois d'avril 2011, je donne un cours de français à des immigrants asiatiques. Au début du cours, je leur demande de me parler un peu des nouvelles du moment, qu'elles soient nationales ou internationales... Quelqu'un mentionne un mariage royal, en Angleterre. Je me rends compte que je sais à peine de qui ils parlent, que je ne sais même pas le nom de ceux qui se marient, et que personne autour de moi n'a jamais parlé de ce mariage.

Je le leur dis, avant d'ajouter que c'est plutôt dans le reste du Canada que ça a de l'importance et qu'au Québec, on n'a jamais vraiment compris cet engouement que les Canadiens anglais ont gardé pour la royauté britannique... Mes élèves se mettent à rire, puis me disent qu'ils sont d'accord avec moi: pourquoi ne pas vouloir complètement couper les ponts avec cette vieille institution d'un autre pays? Puis on parle d'autre chose... [...]

Quelques jours plus tard, le 29 avril en fait, je regarde les nouvelles de Radio-Canada, et ma fierté en prend pour son grade: la nouvelle du jour, la nouvelle la plus importante selon eux, c'est ce mariage royal. Lorsque j'apprends que l'on va en plus diffuser une émission spéciale sur le même sujet, je me mets à hurler tellement j'ai honte.

Malgré tout, je voudrais remercier Radio-Canada de me rappeler dans quel pays je vis, un pays qui se dit moderne, mais qui n'hésite pas à nous donner de temps à autre un mélange de «pipolisation» et de propagande monarchiste. Pour ce qui est de Kate et William, je n'ai pas été leur dire de «dégager», d'ailleurs je trouve qu'ils ont l'air plutôt sympa. N'empêche qu'ils auraient pu faire un voyage plus discret, par exemple en se mettant un sac de papier brun sur la tête.

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Patrick Béland - Montréal, le 3 juillet 2011

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