Lettres - Merci Ronald France

Cher Ronald, c'est avec beaucoup de tristesse que j'apprends aujourd'hui ta mort en lisant mon Devoir. Cela devait faire 15 ans que je ne t'avais pas vu. C'était avant cette terrible maladie, avant l'accident. Nous n'avons pas énormément travaillé ensemble, mais je me souviendrai de chaque minute où je t'ai côtoyé comme d'un privilège, d'un moment précieux. Rarement ai-je admiré un comédien travailler avec autant de talent et de grâce. Ta voix polymorphe et l'intelligence de ton jeu pouvaient rendre toutes les nuances d'une incroyable variété de personnages. Je t'ai entendu passer du colonel introverti et sophistiqué du Festin de Babette au vil Pingouin du film de Batman, à Garou le loup dans Le Petit Castor, à Jean-Luc Picard, le capitaine de l'Enterprise. Aucune émotion ne t'était étrangère et l'étendue de ton registre ne se limitait pas à la couleur de ta voix. Quelle ne fut pas ma surprise de t'entendre doubler de façon totalement crédible la grande folle de Rip Taylor en joual dans un film de Cheech & Chong, puis Harrison Ford dans un français plus français que français, en passant par le présentateur de hockey à la langue maniérée dans la légendaire version québécoise de Slap Shot, et toujours avec sincérité.

Mais au-delà de la liste de tes exploits, qui remplirait plusieurs pages de ce journal, c'est de l'être humain délicieux que tu étais que je veux me souvenir, un homme à l'humour exquis et d'une grande classe. Avec moi tu fus généreux, vrai, sensible, et toujours empreint de simplicité, qualité si rare dans ce monde d'ego surdimensionnés. Vincent Davy m'a déjà dit: «Ça nous prendrait plusieurs Ronald dans ce métier». Mais il n'y eut qu'un seul Ronald France, l'être qui a illuminé mon enfance dans Bidule de tarmacadam, et je remercie la vie de l'avoir mis sur mon chemin.

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Matthieu Roy-Décarie, ancien directeur de doublage - Le 28 juin 2011

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