Guy Coulombe, sociologue malgré Duplessis

«La sociologie, ça sert à quoi?... Socialisme, communisme?» - Maurice Duplessis, refusant à Georges-Henri Lévesque une subvention pour sa Faculté des sciences sociales de l'Université Laval

Ce qui n'a pas empêché l'entêté et convaincant dominicain, souvent à contre-courant de l'École sociale montréalaise, attachée surtout aux disciplines de l'économique et de la gestion, de créer et de développer une école, puis une Faculté des sciences sociales ouverte à un large éventail de disciplines aujourd'hui reconnues essentielles, comme la sociologie: anthropologie, économique («L'économie, c'est moi qui m'en occupe», dira aussi Duplessis), service social, science politique («De quoi se mêle donc cette université?», ajoutait le même premier ministre), relations industrielles et plus tard, psychologie.

Guy Coulombe, qui vient de disparaître, a représenté la plus éloquente réponse qui eut pu être offerte aux objections du puissant personnage, symbole des derniers spasmes d'un Ancien Régime résistant à la modernité. Après son cours classique (véritable premier cycle de formation aux humanités, malheureusement aujourd'hui sous-estimé), Guy Coulombe s'inscrivit à la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval où il se trouva, sous l'influence formatrice et libératrice de maîtres exceptionnels, en compagnie d'un nombre élevé de futurs acteurs de la «Révolution tranquille». De ces professeurs, Jean Marchand, lui-même issu de la même faculté, me disait quelques jours avant sa mort: «L'école du père Lévesque nous a moins appris les techniques pointues d'un métier que les attitudes essentielles à tout succès dans la vie: l'audace de poser des questions, d'étudier, de réfléchir, de s'affirmer.»

Grand fonctionnaire d'un État transformé et toujours transformable, Guy Coulombe, sociologue, aura marqué, par sa forte personnalité et sa solide formation, les milieux les plus divers et les plus exigeants du gouvernement et de la société québécoise, en particulier au Conseil exécutif sous les premiers ministres Bourassa et Lévesque, à la Société générale de financement, à la Ville de Montréal, à la Sûreté du Québec, à Hydro-Québec.

***

Hubert Laforge - Ancien doyen de la Faculté des sciences sociales de l'Université Laval, créateur du Fonds

Georges-Henri-Lévesque et actuel président de la Fondation du patrimoine laurentien, Québec, le 28 juin 2011

À voir en vidéo