Lettres - Démocratie malade

On cherche toujours à expliquer la faible participation des citoyens aux élections et la désaffection, surtout des jeunes, à l'égard de la politique. Si besoin était, la dernière élection nous donne ample matière à réfléchir.

Que s'est-il passé, en effet? À l'échelle canadienne, 60 % des électeurs ont voté pour renvoyer le gouvernement Harper. Au Québec, 80 % des électeurs ont fait de même. Résultat? On se retrouve avec Harper à la tête d'un gouvernement majoritaire. Contrôlant désormais les Communes et le Sénat, il va pouvoir faire passer sans difficulté tout le programme qui a été massivement rejeté par l'électorat. Depuis 1962, j'ai exercé avec application mon devoir de citoyen plus d'une vingtaine de fois. Eh bien, mon vote n'a à peu près jamais compté. Même quand le parti que j'appuyais gagnait l'élection, le candidat pour lequel j'avais voté perdait régulièrement la sienne, de sorte que mon vote n'avait servi strictement à rien. Totalement désabusé, je ne votais plus, depuis quelques années, que pour que mon vote serve au moins à financer le parti que j'appuyais. La dernière élection a fait sauter cette ultime raison: sans que les députés représentant une forte majorité des électeurs y puissent quoi que ce soit, Harper va abolir le financement public des partis politiques. Les politiciens qui nous affirment, le soir de l'élection, que «le peuple a parlé» et qu'ils «respectent sa décision» se moquent de nous tous. Lundi dernier, le peuple a parlé, et fort. Résultat: il aura pour les prochains quatre ans un gouvernement qu'il a répudié...

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Georges Langlois - Montréal, le 6 mai 2011

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