Lettres - Au service de l'unité canadienne

Élection après élection, le Bloc québécois se présente comme le parti pouvant le mieux défendre les intérêts du Québec. Plusieurs fédéralistes pourfendent ce parti qu'ils perçoivent comme une nuisance à l'unité canadienne. Bon nombre de souverainistes y voient la seule option valable aux élections fédérales. Et pourtant...

Le Bloc est peut-être le parti qui contribue le plus à l'unité canadienne. Sauf erreur de ma part, le Bloc se veut le chien de garde des intérêts du Québec à la Chambre des communes (que peut-il faire d'autre?). Avec les intérêts québécois ainsi veillés, l'urgence de la souveraineté s'en trouve dépressurisée. En effet, pour qu'une masse critique de Québécois adhère au projet souverainiste, il faut que ces Québécois pensent qu'il vaut mieux passer par les «embûches de la souveraineté» que de continuer à vivre les «embûches du fédéralisme». La faisabilité de la souveraineté du Québec repose donc largement sur la perception que les embûches fédéralistes réelles sont significativement plus incommodantes que les embûches anticipées de la souveraineté.

Élire des députés fédéraux qui s'engagent à défendre le mieux possible les intérêts du Québec ne contribue pas à accroître la perception que le fédéralisme est pire que la souveraineté. Au contraire, cela peut conduire à conclure qu'on peut s'accommoder du cadre fédéral actuel puisqu'il y a moyen d'y être entendu. Les souverainistes s'éloignent alors de leur objectif.

Le Bloc devient donc une sorte de police d'assurance prévenant la souveraineté du Québec, puisque nos vaches sont bien gardées et qu'on est alors moins tenté de voter «oui» à un référendum quand on a moins de raisons de le faire. De surcroît, plus le Bloc parvient à faire élire de députés, moins il y a de députés pouvant être ministres au gouvernement fédéral.

Je mets au défi les fédéralistes d'avoir une meilleure idée permettant d'atténuer davantage les ardeurs souverainistes tout en arrivant à tasser autant les Québécois du pouvoir.

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Louis-Félix Bergeron - Montréal, le 26 avril 2011

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