Lettres - En attendant Cantat!

D'Équation pour un homme actuel des Saltimbanques dans les années 1960 en passant par Les Fées ont soif de Denise Boucher dans les années 1970, au Double jeu de Françoise Lorenger, le théâtre continue d'avoir parfois un impact inattendu sur les événements. En 2011, cependant, télévision et Internet obligent, pour que le théâtre s'impose avec autant de fougue, il doit faire jouer les dieux d'aujourd'hui. Mouawad est une star et Cantat aussi. Ils sont plus connus que la tragédie grecque qu'ils ont à créer au TNM la saison prochaine.

L'affaire est assez théâtrale pour devenir la pièce elle-même qui se joue devant nos yeux, partout: dans les journaux, à la télévision, jusqu'au parlement, lieu théâtral par excellence où les députés-acteurs débattent autour de décisions à prendre pour le mieux-être de la cité. Que Cantat reste chez lui. Nous n'avons plus besoin de lui. La pièce a eu lieu. Formidable. D'une authenticité percutante. Petit budget. Un spectacle renversant. Où les personnages principaux n'ont même pas eu à s'exprimer. Une tragédie de l'absurde, entre Sophocle et Beckett (En attendant Cantat!) à travers laquelle ressort l'aspect le plus important de toute cette mascarade: le contenu.

Car avec Mouawad, la forme n'écrase jamais le fond. Depuis quelques jours, jamais on n'aura autant entendu parler de violence conjugale comme tragédie sociale contemporaine. Médée égorge ses enfants. Oedipe tue son père. La tragédie grecque fourmille de violences familiales. La société contemporaine perpétue la tradition. Elle interroge ses propres paradoxes à travers les gestes fougueux de nos vedettes d'aujourd'hui. J'y vois une santé démocratique qui fait avancer les mentalités. Dans quelques jours, le théâtre retournera à sa modeste fonction culturelle, mais le débat demeurera, je l'espère, cinglant, pertinent, rude, didactique, sur une des horreurs les plus inacceptables de notre temps.

Bravo Wajdi!

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Louis-Dominique Lavigne, dramaturge et comédien - Le 8 avril 2011

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