Lettres - De l'art de brader les ressources d'un pays

Depuis le mémoire de Samuel de Champlain adressé en février 1618 à la Chambre de commerce ainsi qu'au roi de France, on n'a cessé de vanter l'abondance et la qualité des ressources naturelles du territoire québécois. Toutefois, on oublie souvent de mentionner que ces biens ont rarement été exploités au profit de toute la collectivité.

En effet, sous le régime français, l'exploitation de la fourrure, seule ressource naturelle facilement exploitable à cette époque, fut confiée à des compagnies françaises, à l'exception pour une courte période de la Compagnie des habitants de la Nouvelle-France. Cesdites compagnies obtinrent le double monopole de la traite des fourrures avec les Amérindiens et du commerce avec la France, en échange de leur engagement à peupler et à développer le territoire. Une série d'ordonnances défendait même aux colons de se livrer à cette lucrative activité économique sous peine d'amendes ou de prison. Les uns se remplirent les poches, mais le pays demeura sous-peuplé. Ce fut une première expérience d'un partenariat public-privé qui ne donna pas les résultats escomptés.

Sous le régime anglais, la North West Company et la Hudson's Bay Company héritèrent du monopole du commerce des fourrures au détriment de l'ensemble de la collectivité québécoise.

Lorsque, au début du XVIIIe siècle, la Grande-Bretagne, privée de ses sources traditionnelles d'approvisionnement en bois, se tourna vers le British North America, le monopole de la coupe et du commerce du bois fut octroyé à des compagnies forestières. Un monopole jalousement protégé. En effet, lorsque des hommes politiques, dont Augustin-Norbert Morin, et des ecclésiastiques, dont le curé Antoine Labelle, se firent les promoteurs de la colonisation des Pays-d'en-haut, les colons condamnés à défricher et à cultiver leurs terres de roches ne purent se livrer au commerce du bois, ni même à celui des arbres coupés sur leur propre propriété.

La loi des mines de 1880 consacra ce principe en stipulant que le sous-sol des terrains n'appartient pas à leur propriétaire, mais à quelque compagnie qui en a acquis le droit de l'exploiter à son seul profit. Et, aujourd'hui encore, cette situation perdure.

Enfin, au milieu du XXe siècle, Duplessis céda pour une bouchée de pain l'exploitation du minerai de fer... En 2011, le moment n'est-il pas venu d'abandonner ce «modèle québécois» de l'art de brader les ressources d'un pays au profit d'une minorité?

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Michel Allard, historien - Le 8 mars 2011

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3 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 9 mars 2011 07 h 04

    C'est encore comme celà dans le droit Français.

    Dans le système français, le sous-sol de votre terrain ne vous appartient pas. Si par hasard on y découvre du pétrole ou toute autre ressource, cette ressource appartient à l'État.
    Je ne crois pas que cette loi ait été revisée en France métropolitaine. Elle est toujours en vigueur dans les anciennes colonies françaises en Afrique.

  • Socrate - Inscrit 9 mars 2011 08 h 02

    eau-de-vie

    Le libre commerce de l'eau-de-vie a toujours eu lieu, tant aux États qu'en Canada pour faire court, et s'il est vrai d'ajouter que celui du sirop d'érable devrait toujours appartenir aux Indiens plutôt qu'aux politiciens en vertu des traités actuels, seul le bon usage des cigarettes ou des pots de vin devrait encore être encouragé pour permettre aux citoyens bien plumés zoo pas d'échanger leurs idéss tout autant que leurs menus petits plaisirs d'antant tout autant que de nos jours, c'est l'évidence même,

  • Gajepi - Inscrit 9 mars 2011 11 h 45

    Honte à nos gouvernements !!!

    Il est tout à fait normal que les ressources naturelles d'un pays appartiennent à la collectivité de ce pays. Ce qui est anormal, ce sont les règles et lois de l'État adoptées par les élus de toute époque détournant la propriété de toutes ces ressources au seul profit des entreprises privées les exploitant.