Lettres - Le Québec: un pays ou... une «francophonie»?

Gérard Bouchard nous annonce que la société québécoise n'est plus intégratrice, mais est appelée à devenir partie intégrante d'une nouvelle société dite «intégrée». Les mots pèsent ici: le dictionnaire Le Robert nous précise bien que «intégrante» «se dit des parties qui contribuent à l'intégrité d'un tout (sans en constituer l'essence)».

Donc, le Québec quatre fois centenaire n'est plus intégrateur: il devient une simple «partie intégrante» d'un nouveau tout et ce nouveau tout, c'est la société interculturelle. M. Bouchard le dit clairement: «L'interculturalisme vise plus qu'à concilier les différences culturelles issues de l'immigration (récente ou ancienne). Son objectif est l'intégration de toute notre société.»

Le Québec quatre fois centenaire devient une société à redéfinir, à refaire. M. Bouchard ajoute: «Il [l'interculturalisme] vise donc à mettre au point des modus vivendi qui préservent pleinement l'essentiel de l'identité, de la mémoire et des traditions de cette culture sans sacrifier le respect des droits.» Le Québec quatre fois centenaire n'a aucunement besoin d'un «nouveau modus vivendi» pour respecter les droits de ses citoyens, bien sûr.

M. Bouchard ajoute que le pluralisme va «renforcer la francophonie québécoise». C'est le comble! Notre pays n'en est plus un, il est devenu «une francophonie». Nous croyons que la nation québécoise ne puise pas sa volonté de vivre et sa force dans des chartes: elle les puise dans son histoire. Nous croyons que le Québec n'est pas «une francophonie», mais un pays de culture et de civilisation françaises.

Le Québec «intégré» souhaité par M. Bouchard est une pure réingénierie sociale: notre peuple quatre fois centenaire mérite mieux que d'être «intégré» fût-ce même au nom de «l'intégration de toute notre société».

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Louis O'Neill - Professeur émérite, Université Laval

Émile Robichaud - Directeur général, Institut Marie-Guyart, Laval

Le 3 mars 2011
15 commentaires
  • Roger Sylvain - Inscrit 5 mars 2011 08 h 48

    Le joug des fondamentalistes

    À une certaine époque,le Québec était sous l'emprise de l'église et personne n'osait aller à l'encontre de ce fait de peur d'être excommunié ou mis à l'écart. Cette asphyxie collective nous a mené vers la révolution tranquille où les Québécois ont tout simplement abandonné l'église pour se tourner vers autre chose. Les Québécois se sont libérés du joug de l'église pour enfin vivre. Les Québécois ont tout simplement tourné le dos à l'église.
    Pendant 40 ans maintenant,le Québec est sous l'emprise de lois linguistiques qui étouffe une population qui ne cherche qu'à s'émanciper.
    Les Québécois disent OUI à la protection du français mais pas au prix d'un appauvrissement collectif.
    Maintenant les Québécois veulent se libérer du joug de lois linguistiques pour enfin vivre en toute liberté et prospérer. Bientôt,ils tourneront le dos aux restrictions linguistiques pour passer à autre chose. Les Québécois reconnaissent les chaînes que nos politiciens veulent imposer.
    Le petit jeu des politiciens a assez duré. Prenez note chers politiciens, les Québécois ne sont pas dupes.
    Roger Sylvain

  • Georges Paquet - Inscrit 5 mars 2011 09 h 13

    Attention...

    Le dictionnaire nous dit aussi que l'intégration est "l'établisseemt d'une interdépendance plus étroite entre les parties d'un être vivant ou les membres d'une société." Cette philisophie sociale ne parle pas de l'intégration d'une partie de la société par une autre.

  • Marc-Antoine Daneau - Inscrit 5 mars 2011 10 h 43

    Pourquoi?

    Pourquoi s'occupe-t-on tant de ces énergumènes? L'un dit qu'il faut arrêter d'exister et l'autre qu'il faut tout donner nos ressources énergétiques. Dans les deux cas ça me semble être folie de simplement les considérer comme pouvant être valides.

  • Marcel Plamondon - Inscrit 5 mars 2011 11 h 26

    Une nation, un pays ! point à la ligne

    Pourquoi s'acharner à dire aux québécois qu'ils ne forment pas une nation, qu'ils ne peuvent pas faire du Québec un pays ? C'est quoi ce traumatisme ? Va-t-il falloir sortir Freud de sa tombe ?

  • Mario Bélanger - Abonné 5 mars 2011 11 h 57

    Le français dans les Cégeps anglophones

    J'aimerais bien savoir quelle place on accorde au français dans les Cégeps anglophones du Québec? Et si on veut améliorer l'apprentissage de l'anglais chez les jeunes francophones du Québec, dès le primaire, est-ce que des mesures semblables sont prévues pour familiariser les jeunes anglophones et allophones avec la langue française?

    Merci.
    Mario B.