Lettres - Des raisons au suicide

Nous constatons que vous offrirez à l'avenir plus de crédit aux associations de prévention du suicide, celui-ci touchant de plus en plus les aînés. La solution est-elle de faire plus de publicité pour prévenir le suicide chez nous ou de trouver des adoucissements à la vie des aînés? Étant moi-même aînée, je puis énumérer quelles sont leurs principales sources d'inquiétude et quels défis ils ont à relever à mesure que le temps passe.

Les craintes de pertes physiques, de l'ouïe, de la vue, de la mobilité entre autres et surtout de la sénilité. Perte du permis de conduire si elles en ont un, et difficultés croissantes à participer à la vie sociale.

Les craintes économiques: celle de l'inflation qui n'est pas la moindre et des crises financières qui grugent leur capital. Peur de manquer d'argent, constante.

La crainte de devoir prendre les transports en commun quand on ne s'en sent pas la force. Peur journalière de tomber sur la glace l'hiver quand on est encore capable de sortir. Ceci, en plus des craintes communes à tous les mortels: d'être agressé, etc.

La peur de devoir déménager, d'être propulsé dans des gîtes inadéquats, peur d'être abandonné parce que la famille est trop occupée ou que les proches sont décédés ou malades eux-mêmes. Et peut-être leur plus grande peur: ne pas trouver de médecin ou ne pas réussir à le joindre en cas d'urgence, peur d'être malades et d'attendre de longues heures ou de longues journées sur des civières à l'hôpital. Peur qu'on les renvoie souffrantes chez elles. Peur de ne pas recevoir le soutien des CLSC, comme on le leur avait promis depuis des années.

Peur de mourir, sans doute, et surtout de souffrir trop longtemps avant de mourir. Voilà pourquoi, peut-être, se suicident les personnes âgées.
5 commentaires
  • Fabien Nadeau - Abonné 2 février 2011 08 h 16

    Merci

    Merci pour votre lettre, Madame Gillet Cimon, qui résume si bien la situation des aînés. Je suis moi-même un jeune aîné qui voit sa mère, à 91 ans, avec ses pertes cognitives, sa perte de mobilité, en attente de relocalisation à l'hôpital. Transférée dans une salle de l'unité de gériatrie, elle dit, quand même lucide, que sa situation ne "s'emmieute" pas...

    Non, Maman, elle va juste "s'empironner"... Et nous allons rester avec toi... A moins qu'on parte avant toi.

    Non, tu ne te suicideras pas. C'est pas dans ton genre et surtout, tu es bien entourée. Mais un jour, peut-être, on espérera pouvoir mettre fin à ta souffrance... Ce jour-là, Maman, je mourrai avec toi.

  • Yvon Bureau - Abonné 2 février 2011 08 h 36

    Pour moins de suicides 1e partie

    Au Québec, 4 personnes suicidées sur 10 ont plus de 50 ans. Comment arrêter l’augmentation du nombre des suicides et le faire diminuer chez les personnes âgées et chez les personnes en fin de vie ? En cette semaine de prévention du suicide, commençant ce 30 janvier, voici quelques pistes importantes de solution.

    MOINS LES PERSONNES ÂGÉES SE SUICIDERONT POUR TERMINER LEUR VIE SI PLUS :

    Plus elles seront au cœur de l’information et des décisions les concernant, plus seul leurs intérêts compteront, plus leur primauté de choix primera, plus elles seront libres grâce à l’information reçue

    Plus elles seront écoutées et ENTENDUES, plus elles seront enfin reconnues comme des personnes jusqu’à la fin, plus elles auront la certitude d’être respectées jusqu’à la fin et pouvoir «mourir comme du monde»

    Plus elles connaîtront leurs droits d’accepter, de refuser et de faire cesser les traitements de fin de vie, et plus elles auront la GARANTIE qu’ils seront respectés

    Plus sera possible un mourir sans douleurs, sans les pertes de dignité, d’intimité, d’identité et d’intégrité

    Plus les soins personnalisés de fin de vie leur seront disponibles, même si elles ne sont pas atteintes du cancer (2 personnes sur 3 n’ont pas cette maladie terminale) ...

  • Yvon Bureau - Abonné 2 février 2011 08 h 38

    Pour moins de suicides 2e partie

    Plus sera reconnue la valeur légale des directives écrites anticipées concernant leur fin de vie, plus leurs mandataires ne décideront pas à leur place et ne verront qu’au respect de leurs choix éclairés et libres

    Plus une aide médicale active à mourir, si nécessaire et si librement voulue par les finissants de la vie, sera permise dans certaines circonstances

    Plus, comme l’a demandé le 19 novembre dernier, à Rimouski, M. André Pelletier de Baie-Comeau, l’on cessera de parler de suicide assisté à la Commission sur la question de mourir dans la dignité et à l’Association québécoise de prévention du suicide, plus on parlera du mourir médicalement assisté chez les mourants

    Plus les tentées par le suicide seront invitées à ne pas se suicider en mettant en danger la vie physique et psychologique des autres, plus elles seront attirées par un mourir altruiste, plus elle seront invitées à choisir une aide médicale active pour mourir…

    Ainsi leur fin de vie sera plus créatrice et génératrice de santé et de vie chez les autres.

    www.yvonbureau.com

  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 2 février 2011 14 h 02

    Une aide médicale active pour mourir?

    Comme beaucoup de nos concitoyens ont la "trippe molle et le coeur dur", plusieurs proposent l'euthanasie comme solution finale à la souffrance.
    Malgré leur propos pleins d'onctuosité, il n'y a pas d'amour dans le geste d'euthanasier, aucun. Encore moins de compassion, ce dernier mot signifiant "souffrir avec" selon ses racines latines.

    On veut abréger la souffrance et éliminer le patient qui la porte, parce que nous sommes impatient et que même si la douleur physique est dissoute sous la force des calmants, nous ne voulons pas répondre à cette souffrance psychologique qui demande notre engagement, notre présence, notre amour véritable de la personne. Nous ne voulons pas répondre. C'est trop nous demander que d'accompagner, que de souffrir avec, d'être vraiment compatissant. Nous n'avons pas assez de coeur pour affirmer fermement à la personne demandant l'euthanasie pour elle-même que jamais nous ne répondrons à sa demande, que nous ferons tout pour lui éviter la souffrance physique (ce qui se fait actuellement), que le temps dont elle aura besoin pour partir sera le temps que nous lui accorderons, car ce temps en sa présence est précieux pour nous.

  • France Marcotte - Abonnée 2 février 2011 15 h 51

    Dans la peau d'une vieille dame douce

    Merci madame de m'avoir permis de me mettre un instant à votre place, place que j'occuperai moi-même un jour avec la chance de me rendre à votre âge qui n'est peut-être pas si grand après tout.

    À votre question: "La solution est-elle de faire plus de publicité pour prévenir le suicide chez nous ou de trouver des adoucissements à la vie des aînés?", la ministre saura, il le faut, répondre concrètement en apportant les adoucissements qui vous donnent le goût de vivre.

    Cela semble au fond si peu demandé en comparaison de ce qu'on laisse se perdre pour des futilités partisanes.