Lettres - Un système économique en phase terminale?

La décision d'Electrolux de déménager du Québec au Tennessee illustre très bien la dégénérescence du système capitaliste et le retour pur et simple à la loi primitive de la jungle. Il n'est plus question de simple recherche de rentabilité, il faut à tout prix des profits maximum et, pour y arriver, l'entreprise a fait le trottoir pour trouver le bon client au bon endroit pour satisfaire l'appétit des actionnaires souteneurs. Le destin tragique des travailleurs et de leurs familles? Le tissu social d'une région complètement déchiré? De simples dommages collatéraux dans une guerre systémique dont les enjeux sont tellement plus sérieux, soit le bien-être absolu des investisseurs.

Mais, cette fois, la délocalisation sauvage (quel pléonasme!) ne se fait pas dans un pays émergent, mais dans le centre même du capitalisme financier mondial, ce qui illustre dans quel état celui-ci se retrouve: villes aux abois, chômeurs prêts à toutes les concessions, système d'éducation et de santé en déroute, en somme, une société et une économie en lambeaux. Quand un système économique n'est plus bon qu'à échanger des chômeurs pour d'autres chômeurs, on peut se demander s'il n'est pas en phase terminale.
6 commentaires
  • Fabien Nadeau - Abonné 20 décembre 2010 07 h 09

    Choc de la réalité

    En fait, les travailleurs d'Electrolux expérimenent le vrai visage du capitalisme.

    Le capitalisme permet aux investisseurs de prendre leurs distances de l'aspect moral et sociologique de leurs décisions.

    J'ai quelques mille dollars à placer. Je les confie à un courtier avec un objectif: que mon pécule rapporte plus que si je le laissais à la banque.

    Je pourrais sans doute lui faire quelques recommandations concernant l'environnement, le traitement des employés, etc. Mais si à la fin de l'année je trouve que mon rendement n'est pas assez élevé, il est probable que le courtier me dira que mes exigences en sont la cause.

    Une de mes amies se demandait si elle ne devait pas investir le petit héritage qu'elle avait reçu de son père, et où. Son mari lui a répondu: "Ça depend si tu veux exploiter quelqu'un, et qui." J'adore.

  • d.lauzon - Inscrite 20 décembre 2010 11 h 24

    La "sainte" mondialisation

    Pour ce qui est du commerce, les frontières n'existent plus: des chinois et les arabes fortunés investissent en Europe ou ailleurs, les compagnies déménagent sans se soucier du sort des employés mis au chômage, les étudiants en médecine et médecins établis quittent leur ville ou pays car ils ne peuvent résister à l'idée de salaires plus élevés et il en va de même pour les infirmières et bien d'autres corps de métiers.

    Je ne sais pas qui a inventé les investissement à la bourse, mais je trouve que l'achat d'actions vient "twister" ce qui est déjà pas mal tordu dans le système capitaliste. Je connais quelqu'un qui a fait lM$ en moins d'une semaine en vendant ses parts qu'il avait investi dans Google alors que tant de gens vivent sous le seuil de la pauvreté.

    A lire ou relire le livre d'Hervé Kempt: Les riches qui détruisent la planète. Ce livre illustre bien l'effet d'entraînement qu'ont les riches sur le reste de la population et l'esprit crapuleux de ceux qui se retrouvent en haut de la pyramide..

  • Michele - Inscrite 20 décembre 2010 13 h 09

    Électroquébec

    Pourquoi ne pas simplement reprendre cette usine et devenir concurrentiel?

  • Yves Claudé - Inscrit 20 décembre 2010 14 h 38

    « Phase terminale » ... ou faillite morale ?

    Le constat socioéconomique que nous propose Monsieur Robert Jasmin est clair et objectif. Cependant, il me semble qu'il faut être prudent avant de déclarer que le système capitaliste serait en « phase terminale ». Il y a bien une faillite morale absolue du capitalisme financier qui a étendu son emprise sur la planète entière, et qui exerce sa domination sur le capitalisme industriel.

    N'oublions pas que le capitalisme, qui était dans une « phase terminale » dans les années 1930, a utilisé la dictature et le fascisme pour se maintenir en place. On voit déjà, dans les pays aux prises avec une économie en crise, se constituer un État policier, avec la criminalisation croissante des mouvements sociaux, comme on a pu le voir l'été dernier à Toronto.

    Pour être lucide, il faut prévoir le fait que le capitalisme à l'agonie n'hésitera pas à recourir à la dictature et éventuellement au fascisme, et il importe de ne pas assister sans réagir à l'apparition de signes précurseurs de ces stratégies politiques potentielles.

    Yves Claudé

  • MJ - Inscrite 20 décembre 2010 17 h 12

    Que faire?

    -Boycotter les produits de la compagnie Electrolux;
    -Boycotter autant que possible les biens de consommation fabriqués par des multinationales;
    -Boycotter l’achat d’actions d’entreprises cotées en bourse puisque c’est par le biais de ce financement que les entreprises prennent de l’expansion et deviennent ultra-puissantes voire tyranniques dans leurs décisions partout sur la planète;
    -Acheter autant que possible de biens produits par des PME québécoises.

    À lire: “Small is beautiful” de Schumacher. Plus la taille d’une organisation ou d’une entreprise grossit, plus elle se bureaucratise, se hiérarchise et perd contact avec la base. Les décisions deviennent ensuite l’affaire de technocrates et la démocratie en souffre.