Lettre - L'histoire, lumière pour la jeunesse

Il serait assez vain d'entrer dans les querelles d'école, histoire à la Michelet, nouvelle histoire, etc. De même que le roman introduit un ordre, une cohérence dans le désordre de la vie, l'histoire organise la vie d'un peuple et donne aux faits origine, sens et direction. Que l'histoire ne soit plus enseignée au Québec est en soi une tragédie, car cette ignorance compromet l'éclosion d'une élite capable de comprendre la nature du Québec, sa marche dans le temps et les enjeux de la politique.

Pour être juste, on enseigne toujours de l'histoire, mais en évitant la première histoire qui nous intéresse, la nôtre. Si l'on feuillette un manuel mis entre les mains des élèves d'aujourd'hui, quelle surprise de constater que les Iroquois y occupent autant d'espace que toute l'histoire de la Nouvelle-France! Ils ont sans doute existé, mais leur rôle fondateur et déterminant au sein de l'identité québécoise est une invention tardive et relève de la pure fiction.

La structuration fondamentale et permanente de l'histoire du Québec demeure la fondation française de 1608 et la conquête de 1760 qui la brise, en déterminant un avant et un après. Toutes les histoires qui adoptent le cadre de l'histoire officielle, britannique et fédérale, obscurcissent et aliènent la ligne de notre destin. Leur fonction n'est pas à proprement parler historique, mais justificatrice du régime en place. Elles insinuent une antifondation du Québec, hier anglaise, aujourd'hui multiculturelle, et visent à banaliser et à éteindre notre identité originelle.

L'ignorance de l'histoire conspirée par une certaine élite contre la jeunesse québécoise n'a pas d'autre fonction que de la rendre incapable d'assumer son héritage et de le renouveler. [...]


8 commentaires
  • Andre Vallee - Inscrit 2 décembre 2010 05 h 50

    Merci et félicitations

    En peu de mots, mais d'une façon claire, vous situez l'histoire, sa nécessité et sa vérité. Merci.

  • Claude Jean - Inscrit 2 décembre 2010 05 h 56

    L'instruction à Québec sous le régime français.

    L'instruction à Québec sous le régime français.

    Un très beau texte rendant hommage à nos ancêtres, pour plus de détails consulter le lien suivant page 169 et 170:

    http://www.ourroots.ca/page.aspx?id=375866

  • Centre De Documentation Musée Pointe-À-Callière - Abonné 2 décembre 2010 09 h 26

    L'histoire en miettes

    Quinze siècles d'histoire ne méritent-ils pas qu'on s'y attarde un peu, Monsieur Larocque ? Les Iroquois «ont sans doute existé», dites-vous. Merci de prendre acte de ce fait; c'est certainement un grand réconfort pour eux !

    Qu'on relègue à l'oubli certains pans de notre histoire nationale, c'est à coup sûr inacceptable, mais, soyons conséquents, ce n'est certainement pas une raison pour oblitérer celle des premières nations. De même, ignorer tout ce qui ne découle pas de la mouvance française, c'est une bien curieuse façon d'appréhender notre passé. L'histoire est remplie de détours, de drames et de contingences; il me semble de bon aloi de s'y intéresser. J'ajouterais qu'il y a moyen de le faire sans se renier pour autant.

    Éric Major, Montréal

  • Pierre Rousseau - Abonné 2 décembre 2010 11 h 29

    Coloration de l'histoire

    M. Larocque donne un bon exemple de la coloration qu'on trouve de l'histoire ou encore, du détournement que l'on en fait pour des motifs politiques. On veut éviter de parler des réalités pour promouvoir une certaine perception politique de notre histoire.

    Or, les Iroquoiens étaient présents dans l'est de l'Amérique du Nord bien avant les Français, des millénaires, et ils y étaient lorsque Cartier a remonté le Saint-Laurent. Qui plus est, ils sont une partie intégrale de l'histoire du Québec et de l'est de l'Amérique du Nord car ils étaient très nombreux et l'une des nations iroquoiennes, les Hurons (Wendat) furent les plus grands partenaires commerciaux de l'administration française de Nouvelle-France.

    L'administration française s'est livrée à une guerre commerciale avec les colonies anglaises dont les peuples amérindiens étaient la clé et c'est grâce à ces derniers si la Nouvelle-France s'est développée sur le plan commercial car c'est la traite des fourrures qui a poussé les investisseurs français à former des compagnies, comme la Compagnie des Cent-Associés, et à soutenir le développement de la Nouvelle-France.

    Notre histoire est intrinsèquement imbriquée avec celle des Iroquoiens et des autres Amérindiens du nord-est du continent et ça ne rend service à personne que de l'ignorer.

  • tohi1938 - Inscrit 2 décembre 2010 11 h 31

    Donc, tirons quand même les bonnes conclusions.

    Conclure qu'il y a conspiration d'une certaine élite contre la jeunesse québécoise pour la rendre incapable d'assumer son histoire est quand même un peu abusif.
    Abusif entre autres choses parce que ni la Réforme ni son auteure n'y sont mises en cause.
    Abusif en plus par la main-mise des prétendus spécialistes du ministère de l'éducation, plus soucieux des modes que de formation sur les programmes, les compétences niaiseuses etc etc. À preuve, la citation de Claude Jean ci-dessus.
    C'est du reste bien là, comme dans le système juducuaure que se trouve la corruption idéologique sur laquelle il faudrait faire enquête.
    En effet, corrompre les jeunes esprits est à la fois honteux et méprisable.