Lettres - Commandites ou histoire ?

Avez-vous déjà pensé visiter la tour Cinzano (Pise), la Via Barilla (Appia) à Rome ou encore la tour Perrier (Eiffel) à Paris ou le Taj Tata (Mahal) en Inde? Ce serait un grand dommage pour la culture, le tourisme et l'histoire si les pays qui abritent ces splendeurs décidaient de les commanditer! Les commandites et la publicité envahissent de plus en plus nos vies comme si nous n'étions que consommateurs: les panneaux urbains ou routiers, tous nos écrans, les salles de concerts et de théâtre, les vêtements que nous portons ainsi que le bâti de nos villes et villages, dont les arénas, centres sportifs, pavillons universitaires et centres culturels portent les enseignes de grandes multinationales ou d'entreprises locales florissantes qui un jour seront peut-être offertes à des investisseurs étrangers avides. Dommage pour la continuité d'abord. On a vu comment le stade Jarry est devenu Du Maurier puis Uniprix...

Comment s'y retrouver dans une ville dont les noms des lieux changent constamment? Puis lorsqu'un lieu aura été identifié au nom d'une entreprise qui tombera en faillite ou en mauvaises affaires? Imaginez une ligne de métro ou un large boulevard nommé Norbourg? Faudra-t-il faire comme dans les anciens pays de l'Est et les «dénommer» comme on le faisait lorsqu'un personnage tombait en disgrâce? Régulièrement, des citoyens s'inquiètent du manque de culture historique des jeunes? Dans les villes et villages, les lieux, les places et les édifices publics peuvent façonner cette culture. Ils peuvent constituer en quelque sorte le dernier retranchement des identités culturelles et historiques puisque tout le reste porte l'empreinte de la publicité et du commerce d'une planète mondialisée.

Est-ce qu'un jour, chacun d'entre nous deviendra une sorte d'homme ou femme-sandwich qui déambulera dans une tenue de ville aux couleurs de l'entreprise qui nous commanditera? Nous promènerons-nous encore dans les rues de Genève, Montréal ou Tokyo, mais plutôt dans celles de Swatch, Bombardier ou Seiko? Pourquoi offrir à nos jeunes la seule consommation comme valeur? Plutôt garder ce qui reste de l'espace public pour l'inscrire dans le durable, la culture et l'histoire.
2 commentaires
  • Fabien Nadeau - Abonné 30 novembre 2010 07 h 13

    Alerte

    Je suis content de cette réflexion. Mais je pense qu'il faut la pousser plus loin. Quand on entend dire aux nouvelles que le défi principal du gouvernement est de créer de l'emploi, que le problème principal est l'économie, on comprend que la commandite est omniprésente et que le "retour d'ascenseur" que constitue le fait de nommer un espace public, une infrastructure du nom d'une compagnie est normal.

    L'économie est notre religion, notre culture. Elle est l'objet de nos préoccupations.

    C'est ainsi que la Nativité est devenue la fête du Père Noël, par exemple.

    Le fait de nommer des lieux importants de noms de compagnie n'est qu'un miroir de notre société.

  • Normand Chaput - Inscrit 30 novembre 2010 14 h 00

    de toute façon

    je ne sais pas si la colonne Nelson dans le vieux ou la rue Beaubien ou même encore la 22 ième avenue dans Saint-Michel vous inspire plus au niveau historique?

    Et quel est le problème de débaptiser? Dorcester, Amherst ainsi que la rue des Lilas à Boucherville sont des exemples très valables pour passer à la trappe.

    Par exemple, le nom de la rue Grand Trunk dans la Pointe Saint-Charles est toujours significative de l'histoire quand même la compagnie n'existe plus depuis longtemps.