Lettres - Réjeanne Padovani version 2010

Le scénario du film 2010 ressemble à celui de 1973, finalement. En 2010, les médias révèlent des contrats entre des consortiums de génie-conseil et le ministère des Transports, contournant la Loi sur la concurrence et imposant des coûts supplémentaires sur les projets réalisés jusqu'à 36 % aux contribuables. Des liens de plus en plus évidents entre la mafia et le milieu de la construction et enfin, la corruption de l'administration gouvernementale, des instances municipales aux instances provinciales.

C'est Réjeanne Padovani version 2010, le film de Denys Arcand qui, dans les années 1970, présentait au premier plan les tractations entre un maire de la ville de Montréal et la mafia, et en arrière-plan l'inauguration de l'échangeur Turcot et ses expropriations bien connues (dont les acteurs ne devaient pas être confondus avec des individus réels). Il s'agissait d'une fiction, bien sûr. Ceux qui ont vu le film se souviendront que l'épouse du mafieux passait dans le camp rival pour être ensuite éliminée et ensevelie dans le béton de l'échangeur à la fin du film. Dans la version 2010, on croirait que ce sont nos institutions démocratiques et politiques qui subissent le même sort que la dame. À leur tour d'être coulées dans le béton.

Aussi, quand on entend le seul élu de gauche, M. Khadir, qui se contenterait bien «d'une commission de vérité et de clémence», référant au processus utilisé après l'effondrement de l'apartheid en Afrique du Sud, on se croirait en pleine science-fiction. Cette proposition dépolitise et décriminalise la fraude, le vol, la corruption et la rapacité qui ont miné nos institutions et organismes collectifs, en croyant que les escrocs et fraudeurs viendront se repentir comme au confessionnal.

La comparaison distordue minimise le drame africain, d'une part. D'autre part, au Québec, ce ne sont pas les abus de pouvoir d'un peuple colonisateur et usurpant le territoire du peuple autochtone majoritaire qui sont l'objet de la crise actuelle. C'est l'absence d'intégrité et d'éthique prédominante de nos administrateurs et politiciens en place qui autorisent les pratiques frauduleuses et illégales, quand ils n'y participent pas simplement, au détriment de la population.

Demander que la justice s'applique en demandant une commission d'enquête, ce n'est pas exercer une vengeance, loin de là. N'est-ce pas la moindre des choses que dans un État de droit, les citoyens s'attendent à ce que nos institutions publiques fonctionnent dans la légalité et pour le bien commun?

***

Sylvie Woods - Montréal, le 26 novembre 2010
2 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 27 novembre 2010 08 h 27

    Le maire...

    Arcand s'était inspiré d'un maire très célèbre de l'époque.
    Comment oublier les gâteries des soeurs Lopez.....

  • Michele - Inscrite 27 novembre 2010 08 h 45

    Maximun deux mandats

    Peut-être, le temps est venu d'imposer une limite par rapport à la durée d'un mandat pour les représentants élus . En restreignant la durée d'un mandat cela d'une part rendrait possiblement plus difficile l'installation d'un système de fraude. D'autre part, cela redonnerait à la politique son essence réelle, soit la représentation du peuple par le peuple plutôt que par des spécialistes formés dans les écoles spécialisées consacrant leur vie à la politique.