Lettres - Un (autre) sophisme sur octobre 70

Je n'appartiens à aucun club politique. J'ai autant d'amis fédéralistes que souverainistes.

Il y a quelques jours, Me Bernard Amyot a soutenu dans ces pages que la rafle de quelque 500 citoyens sous l'empire de la Loi sur les mesures de guerre pendant la Crise d'octobre était légitime. Son raisonnement est le suivant: puisque, par la suite, le Protecteur du citoyen n'a dédommagé financièrement que 103 personnes arrêtées, on avait donc raison d'incarcérer les 394 autres. Peu importe que l'on en ait, au bout du compte, accusé que quelques dizaines...

Me Amyot est un citoyen émérite, mais son sophisme est pervers. Sa démarche nuit à un apprentissage sincère de l'histoire, et je la dénonce d'autant plus qu'elle provient de quelqu'un de si respectable.

Je possède le rapport à partir duquel Me Amyot a monté son raisonnement troublant. Contrairement à ce que Me Amyot sous-entend, le Protecteur n'y légitime pas l'emploi de la Loi sur les mesures de guerre. Il n'analyse pas ce qui a pu faire croire qu'on était en état d'insurrection appréhendée en octobre 1970. C'est tout simplement hors de son mandat. Le travail du Protecteur porte plutôt principalement sur le manque à gagner résultant directement de l'action policière à la suite de plaintes formelles qui ont été portées à son attention. Les dommages moraux, eux, n'ont été considérés qu'en fonction des conséquences pécuniaires. J'imagine par ailleurs que c'est assez difficile à mesurer, ça...

Dans l'esprit de Me Amyot, donc, quelqu'un qui a été incarcéré mais qui n'a pas porté plainte ou n'a pas perdu d'argent dans l'opération n'est forcément pas innocent...

Je laisse le soin au lecteur de juger de la validité de ce point de vue.
1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 25 octobre 2010 09 h 48

    Désinformation

    Octobre 70, c'est la victoire de la désinformation.