Lettres - Bernard Amyot déforme les propos du Protecteur du citoyen du Québec

Dans une lettre odieuse et mensongère, M. Bernard Amyot prétendait mardi dernier dans vos pages que la majorité des 500 personnes arrêtées sans mandat et incarcérées sans être accusées de quoi que ce soit lors de la proclamation de la Loi sur les mesures de guerre d'octobre 1970 étaient néanmoins coupables.

Pourquoi? Sans doute pour délit d'opinion puisqu'il les soupçonnait alors, et les soupçonne encore aujourd'hui «d'avoir d'une façon ou d'une autre appuyé, publiquement ou par leurs gestes, les fins violentes du FLQ».

Il n'apporte aucune preuve à l'appui de cette affirmation gratuite, calomnieuse et contraire à la vérité.

En réalité, presque toutes les personnes qui ont été jetées en prisons en pleine nuit, comme dans les États policiers, n'ont même jamais comparu devant un tribunal pour répondre à des accusations liées à ces événements. Elles ont tout simplement été libérées après des jours, des semaines, voire des mois de détention arbitraire.

Pour appuyer ses propos, M. Amyot prétend que le Protecteur du citoyen a recommandé au gouvernement de verser une indemnisation à seulement une centaine de personnes, ce qui, selon lui, démontre que les autres sont à toutes fins utiles des coupables.

Or le Protecteur du citoyen du temps n'a jamais porté de jugement de ce genre. Il a tout simplement reçu les plaintes de ceux qui ont décidé de lui écrire pour dénoncer le viol de leurs droits fondamentaux par l'État. Les autres n'ont vraisemblablement pas estimé utile de s'adresser au pouvoir politique qui venait de les incarcérer.

Seulement une trentaine de personnes — parmi les 500 arrêtées lors de la rafle policière d'Octobre 70 — ont été accusées d'appartenance au FLQ et de conspiration séditieuse, mais elles ont toutes été relâchées faute de preuves, ou acquittées.

Les véritables responsables des deux enlèvements d'Octobre 70 et de la mort de Pierre Laporte ont été arrêtés plus tard, lors d'opérations policières normales.

Trois enquêtes publiques (Keable, McDonald, Duchesne) ont par la suite reconnu qu'il n'y avait jamais eu d'insurrection appréhendée, ce que le cabinet Trudeau savait fort bien lorsqu'il a proclamé la Loi sur les mesures de guerre pour emprisonner des innocents.

P.-S. L'auteur a été arrêté et détenu sans mandat lors de la proclamation de la Loi sur les mesures de guerre, puis libéré sans jamais avoir été accusé de quoi que ce soit.

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Gilles Paquin - Journaliste à la retraite, Montréal, le 20 octobre 2010
2 commentaires
  • 54lili - Inscrit 23 octobre 2010 07 h 56

    g8 g20

    et rien n'a changé, encore des arrestations sans aucune preuve, des gens voulant exprimer leurs désaccords sur leur capitalisme sauvage prôné à ces sommets, n'ont pas le droit de parole ou de manifestation..

    et pendant ce temps, on se fait voler par nos 2 paliers de gouvernement..

  • Rodrigue Guimont - Abonnée 23 octobre 2010 10 h 11

    « Well, just watch me… »

    « ME » étant bien sûr Pierre Elliott Trudeau en réponse à un journaliste, Tim Ralfe de CBC le 13 octobre 1970. Trois jours plus tard le16 octobre (un jour avant la mort de Pierre Laporte, le 17 oct.) le PM canadien P.E. Trudeau ordonnait « La Loi des Mesures de GUERRE».

    Cette Loi décrétée par Trudeau, sous la demande expresse des Bourassa et Drapeau sans pression (paraît-il!), est et demeure une tache ineffaçable sur la réputation du Canada. Quoique l'on dise quoiqu'on fasse pour blanchir le Canada dans cette affaire, cette violation des droits démocratiques contre ses propres citoyens demeurera dans l’histoire du Canada un grave délit de justice contre la liberté de circulation et d’expression.

    Sous l’allégation d’un grave complot contre les institutions canadiennes par une poignée de jeunes individus plus naïfs que dangereux («c’était des p’tits gars»… dixit Jérôme Choquette, ministre de la justice dans le gouvernement de Robert Bourassa) et qui abrogeait les libertés individuelles, fut mise en place pour générer la peur et la crainte chez les Québécois, et cela a marché…

    Plusieurs politiciens de cette époque sont encore vivants, ils savent très bien qu’après leur mort, l’histoire continuera demain de les juger, de la même manière qu’elle les juge aujourd’hui c’est-à-dire avec sévérité et franchise. Puisqu’ils ne peuvent effacer cette violation des droits de l’homme, ils tentent par tous les moyens aujourd’hui encore de justifier l’injustifiable.