Lettres - La vraie cible

À l'automne de 1970, deux policiers en civil se présentèrent chez mes parents pour venir interroger l'étudiant de 19 ans que j'étais. Pourquoi? La seule raison que je peux trouver, c'est que je m'étais engagé au Parti québécois dans la petite municipalité de Dorion où je vivais en tant que responsable de «secteur», comme on disait alors.

J'en conclus que ce n'est pas le FLQ qui était visé, mais bien les militants d'un parti souverainiste, à peine vieux de deux ans, et qui, sacrilège aux yeux de l'«establishment canadian», avait fait élire sept députés à l'Assemblée nationale. Il fallait lui casser les reins. Tant et tant que dans les deux années qui suivirent, bien des membres du Parti québécois craignaient de perdre leur emploi si jamais on apprenait leur adhésion à ce parti. Tenir des réunions à cette époque tenait de la haute voltige, car il fallait le faire discrètement. Cependant, ce que les Marc Lalonde et autres penseurs de cette stratégie machiavélique avaient négligé de prendre en compte, c'est que pour bien des jeunes d'alors, celle-ci eut l'effet d'un coup de fouet déterminant pour longtemps concernant leur engagement politique, car n'ayant que notre jeunesse, nous n'avions rien à perdre et tout à gagner.

L'empressement des fédéraux d'écraser les forces vives du Québec a, en fin de compte, tué dans l'oeuf toute trudeaumanie, démasquant le visage arrogant de celui qui ne voyait en nous qu'un peuple sans génie, une tribu. Eh bien, nous avons découvert grâce à lui qu'il fallait être fier de notre appartenance à la tribu. Trudeau, malgré lui, venait de semer les germes qui menèrent à la prise du pouvoir par René Lévesque six ans plus tard.
1 commentaire
  • meme moi ici - Inscrite 15 octobre 2010 06 h 31

    malheureusement...

    L'empressement des fédéraux d'écraser les forces vives du Québec a, en fin de compte, tué dans l'oeuf toute trudeaumanie, démasquant le visage arrogant de celui qui ne voyait en nous qu'un peuple sans génie, une tribu. Eh bien, nous avons découvert grâce à lui qu'il fallait être fier de notre appartenance à la tribu. Trudeau, malgré lui, venait de semer les germes qui menèrent à la prise du pouvoir par René Lévesque six ans plus tard.*******************

    Malheureusement, c est comme si l'histoire s'arrêtait là. car par la suite, les québécois rassurés d'avoir été pris en main par un gouvernement responsable, n'ont pas continué sur cette route en construction... ils sont revenus à leur salon, sans doute écouter leur match de hockey? et ainsi nous avons de nouveau reculer en 95 avec Bouchard , et encore plus en 2003 avec qui vous savez....
    J'ai l'impression d'un retour au temps de Duplessis avec charest comme gouvernement au Québec, et en plus Harper dans le maudit plussss beau pays d'à coté...
    À quand, une vraie prise de conscience et un mouvement populaire vers notre liberté, vers notre souveraineté...