Lettres - À propos de briseurs de grève

Dans sa réplique à un texte publié dans Le Devoir, le vice-président affaires corporatives de Quebecor, Serge Sasseville, a écrit «qu'en aucun cas Le Journal de Montréal ne fait appel à des journalistes ou photographes autres que ses propres cadres pour exécuter le travail de ses employés en conflit».

Il ne peut pourtant pas ignorer qu'à deux occasions, Le Journal de Montréal a été reconnu coupable par la Commission des relations du travail d'avoir fait appel à des briseurs de grève (scabs) pour remplacer les employés de la rédaction du quotidien frappé par un lock-out depuis 20 mois.

Quand M. Sasseville écrit que les agences de presse sont autorisées par notre convention collective, il a partiellement raison. Il oublie simplement de mentionner que l'utilisation de l'agence QMI, dont les textes tapissent Le Journal de Montréal, est interdite par notre convention!

Quebecor estime que la loi antibriseurs de grève appartient au passé. Rappelons l'esprit de cette loi, qui était de rétablir l'équilibre du rapport de force entre les parties patronales et syndicales pour favoriser les négociations. L'utilisation de travailleurs de remplacement a aussi mené à des situations de violence sur les piquets de grève.

Qu'en est-il aujourd'hui, alors que le patronat a raffiné ses méthodes, usant de toutes les nouvelles technologies qui n'existaient pas lorsque la loi antibriseurs de grève a été adoptée? Comment peut-on prétendre que de mettre 253 travailleurs sur le pavé n'est pas un acte de violence? Comment prétendre que les garder sur le trottoir pendant 20 mois n'est pas aussi violent que de casser des jambes? Comment peut-on multiplier les poursuites et les avis disciplinaires sans prétendre ne pas faire de la violence psychologique? Comment peut-on affamer 253 familles, mettre en péril l'avenir de ces gens et prétendre sans rire ne pas faire de violence économique?

Est-ce que, suivant la logique de Quebecor, nous devrions revenir à l'époque des tapes sur la gueule, pourchassant les scabs cachés derrière leur ordinateur, pour que la loi change? Nous préférons nous en remettre à l'intelligence de nos élus.
1 commentaire
  • meme moi ici - Inscrite 28 septembre 2010 15 h 40

    l'intelligence des élus...

    vous écrivez à la fin de votre texte..******Est-ce que, suivant la logique de Quebecor, nous devrions revenir à l'époque des tapes sur la gueule, pourchassant les scabs cachés derrière leur ordinateur, pour que la loi change? Nous préférons nous en remettre à l'intelligence de nos élus***************

    vous avez raison, l'époque des tapes la gueule devrait être terminée, cependant, il est peut être risqué de s en remettre à l'intelligence des élus ...
    faudrait aussi peut-être pouvoir se fier à l'intelligence des lecteurs, qui devraient selon moi, boycotter ce journal, s'ils l'avaient fait depuis le début, il y a longtemps que cette grève n'aurait plus besoin d'être... ou est passé la solidarité?... bonyenne