Lettres - La démocratie ne se règle pas à coup de deux minutes

Hé! As-tu deux minutes? C'est souvent pour communiquer une «p'tite vite» qu'on emploie cette expression. Quand on restreint à «deux minutes le droit de parole» dans une assemblée publique où l'on écoute (prétendument) la population, c'est dire toute l'importance que l'on accorde vraiment au sérieux de l'opération.

C'est la règle que les journalistes Robert Dutrisac et Isabelle Porter («La colère s'exprime dans Lotbinière», Le Devoir du 22 septembre 2010) rapportaient à propos de l'assemblée publique sur le gaz de schiste dans Lotbinière. Tant mieux si les participants ont imposé leur norme aux «organisateurs» sur le droit de parole. La démocratie ne se règle pas à coup de deux minutes.

Pourtant, les municipalités ont pris le même pli. Par exemple, à Aylmer, on pouvait s'expliquer assez longuement avec ses élus municipaux, sans abus mais avec satisfaction, sur un problème. Depuis la fusion avec Gatineau, les citoyens ont perdu leur participation directe à la démocratie et se font imposer rigoureusement la règle du deux minutes. «Après tout, semble-t-on dire, c'est qui les experts?» Un forum, une assemblée pour écouter ne devraient jamais fonctionner avec la règle des deux minutes; c'est un contresens.

Les commissions itinérantes ne sont pas basées sur cette règle; ceux qui ont quelque chose à dire disposent au moins d'une vingtaine de minutes pour «exposer» leur point de vue. La règle des deux minutes est venue des assemblées délibérantes; il s'agit de prendre la parole sur un point très limité: le texte d'une proposition déjà là, ou même d'un amendement à la proposition. Et encore: le président peut accorder plus d'une fois les deux minutes de parole si personne d'autre ne revendique son tour. Dans les réunions de groupe restreint (8-15 participants), on peut pratiquer cette règle aussi, mais à plusieurs reprises quand tous les autres ont eu leur tour au moins une fois. Mais dans une assemblée de citoyens: deux minutes, non. C'est un contresens; il faut faire autrement. (Déjà plus de deux minutes sont passées pendant que vous lisiez ce texte!)
1 commentaire
  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 27 septembre 2010 07 h 35

    2 minutes pour régler la démocratie

    Merci Raymond pour ton texte ;
    Il faut plus de gens comme toi pour défendre nos prérogatives et prendre en main nos responsabilités de citoyens. Tu me donnes grand gout d'aller donner mon 2 minutes au vieux Scrooge qui veux venir nous forer et nous flouer à St-Hyacinthe demain.
    "Go north old men, go north"

    "Tant mieux si les participants ont imposé leur norme aux «organisateurs»"
    Tu soulèves ici un point capital : en démocratie, la prérogative de définir les règles de participation est celle des participants, des citoyens. Et la je réfère au contrat social de Rousseau (eh oui, un Libéral).

    "Depuis la fusion [forcée ; nldr], les citoyens ont perdu leur participation directe à la démocratie"

    Alors à nous de la reprendre. La ratification de la constitution, du contrat social, est l'indicateur de la démocratie au 21e siècle (qu'on pense aux Irakiens qui ont ratifié la leur par référendum). Or, on n'a pas clairement signé ce contrat (ah bon? on y a dit oui? quand? 1982? 1992?) et on continue à vivre avec un gouvernement de facto.

    Question claire :"ratifiez-vous la monarchie et les constitutions monarchistes de 1867 et 1982?"
    Processus clair : on signe un registre et avec 10% on a un référendum pour ratifier (OU NON) la constitution
    Majorité claire : 50% plus un constituant 30% des citoyens qui votent NON et le démembrement est légitimé.

    On veut restreindre la démocratie à des gestes de moins de 2 minutes ; ça vous en prendra moins que ça pour signer ce registre à votre mairie ou palais de justice pour ratifier (OU NON) la constitution, signer ce vieux contrat social ou s'en donner un nouveau.

    Guillaume Blouin-Beaudoin