Lettre - Des romans S. V. P.

J'enseigne le français depuis 20 ans dans une école secondaire. J'aime beaucoup mon travail. Cependant, il y a une situation qui m'horripile. J'ai fait des démarches à plusieurs reprises auprès du conseil d'établissement de mon école afin que les professeurs de français puissent faire acheter un roman par année à leurs élèves. REFUSÉ, LE MINISTÈRE L'INTERDIT.

Nous argumentons... Nous croyons qu'en demandant à l'élève d'acheter chaque année un roman, il se rapprochera des livres et découvrira davantage le plaisir de lire. Ce roman est le sien; il lui appartient; il peut l'apporter chez lui, en parler avec ses amis, avec ses parents, leur faire lire. Nous espérons par la suite qu'il aimera les livres et partagera ses lectures avec son entourage. Les élèves dépensent des fortunes pour des vêtements, des baladeurs, des téléphones cellulaires, des films et des jeux vidéo. Nous aimerions que les romans fassent également partie de cette liste. Notre objectif est aussi que les élèves, par l'entremise de la lecture, améliorent leur orthographe, leur vocabulaire et leur syntaxe, tout en enrichissant leur culture.

Certains diront que c'est à l'école de fournir les romans. Les écoles n'ont pas les moyens d'acheter des nouveaux romans chaque année. Les professeurs sont souvent contraints d'utiliser les mêmes romans, choisis par d'autres, pendant plusieurs années, des romans qui ne correspondent pas nécessairement à leur clientèle. Ce n'est pas très motivant pour eux, ni pour leurs élèves. L'enseignant qui veut donner davantage le goût de la lecture à ses élèves doit pouvoir leur faire acheter au moins un roman par année. Refusé, le ministère l'interdit.

Le ministère permet à un enseignant de faire acheter aux élèves des cahiers d'exercices. Je peux faire acheter un cahier d'exercices à 20 $, mais pas un roman à 12 $. Je ne veux pas un cahier d'exercices, je veux un roman! Je suis très conscient que nous devons limiter les frais exigés aux élèves, mais au moins, donnez-moi le choix: un cahier d'exercices ou un roman. Refusé, le ministère l'interdit. L'explication: le ministère interdit l'achat de tout document dans lequel l'élève ne peut écrire. Les romans sont refusés. J'ai même lu que des parents poursuivaient une commission scolaire parce que les profs avaient fait acheter des romans à leurs élèves (c'est le monde à l'envers)... tout cela à cause d'une politique insensée du ministère. À l'école privée, cette politique ne s'applique pas, évidemment. Quelqu'un pourrait-il se réveiller au ministère et modifier cette règle ridicule avant que je prenne ma retraite... dans 15 ans!
17 commentaires
  • Le prince du Nord - Inscrit 23 septembre 2010 07 h 22

    Le chemin le plus court...

    Vous pourriez peut-être leur montrer le chemin de la bibliothèque! Quand même!!!! Une maman écrivait dernièrement à La Presse que son chérubin avait oublié ses ustensiles à la maison et que l'école n'en avait pas... Quel scandale!!! J'y pense... il aurait pu demander à son petit camarade de lui prêter les siens.... Mais non, c'est toujours la faute au gouvernement. On vit dans une société infantilisée.

  • Claude Archambault - Inscrit 23 septembre 2010 08 h 58

    Oui mais.............

    Oui c'est une bonne idée, ainsi le jeune pourrait même se bâtir une petite bibliothèque au fil des ans. Mais le HIC est quel sera ce livre? Qui en choisira l'auteur, le titre le sujet? L'étudiant sera t il forcé de lire un auteur particulier, ou un type de livre pourra t il choisir une traduction, ce sont la des questions importante car surtout pour un jeune de lui imposer une chose dans le but de lui faire aimer peu produire des résultat complètement opposé.

    Moi au CEGEP on nous a FORCÉ à lire certain auteur québécois dont un que heureusement j ai oublié le nom et même le titre du livre mais il y avait des page et des page avec juste le mot ANNA ou de longue phrase avec ce mot qui se répétait souvent. Il y en avait deux autre aussi insipide.


    Mais la solution de la bibliothèque municipale reste la meilleur.

  • Pantagruel - Inscrit 23 septembre 2010 09 h 04

    Le gros bon sens

    Posséder un livre n'est pas la même chose que de l'emprunter à la bibliothèque. Mais le gouvernement a raison. On ne peut pas ouvrir la porte à une pratique qui peut éventuellement mener, sur le plan éducatif, à un écart entre les bien-nantis et ceux qui le sont moins.

    Faute de pouvoir l'exiger, le prof peut encourager ses élèves à adopter cette pratique d'acheter des livres. De toute façon, dans la plupart des cas, forcer les élèves à faire quelque chose est la meilleure manière de s'assurer qu'ils cesseront de le faire dès que l'obligation disparaîtra.

  • Francois Dorion - Inscrit 23 septembre 2010 10 h 24

    L'éducation n'est pas gratuite

    Il faut bien se rendre compte que l'éducation n'est pas un service gratuit; les gens de lettres ont droit à leur pitance, et si l'élève ne paye paws, l'impôt devra payer; mais si l'impôt paye, le créancier des gens de lettres ne sera plus le lecteur, mais celui qui paye l'impôt. Comme moyen de pervertir les lettres, on peut difficilement trouver mieux­.

  • Yource - Inscrit 23 septembre 2010 10 h 41

    Bravo !

    Je crois que l'on peut faire confiance aux enseignants pour choisir les «bons» romans, sinon on a vraiment peu de respect pour la profession ! Que fait-on avec un cahier d'exercices à la fin de l'année ? On le jette ! Se constituer une bibliothèque demeure un geste significatif, même à l'ère des textos !