Lettres - Charest et la méconnaissance de sa fonction

Le décès du ministre Claude Béchard nous rappelle collectivement quelques notions fort à propos de nos jours. D'une part, qu'un idéal de service public à travers l'action politique, dans ce qu'il y a de plus noble, était au coeur de l'action de M. Béchard. De même, sa mort nous souligne aussi que le combat contre le cancer n'est pas gagné et qu'il fauche encore de trop nombreuses vies, souvent dans la fleur de l'âge.

Malheureusement, la mort de M. Béchard nous souligne une fois de plus l'incapacité chronique du premier ministre à habiter la fonction qu'il occupe, c'est-à-dire chef du gouvernement d'une nation. Sa décision d'accorder des funérailles nationales à M. Béchard en est un autre déplorable exemple.

Aussi talentueux et vertueux qu'il puisse avoir été, M. Béchard ne méritait pas de tels hommages. Le gouvernement du Québec définit lui-même que les funérailles nationales sont «réservées aux personnalités qui ont marqué la vie politique, culturelle ou sociale du Québec». Voilà pourquoi on compte parmi les derniers à avoir mérité ces éloges les Jean-Paul Riopelle, Claude Ryan et Gilles Carle.

Est-ce que l'oeuvre et le legs à la nation de M. Béchard se comparent à ces derniers, fût-il un très bon ami du premier ministre? Poser cette question est y répondre. Mais cette réponse prouve de manière concomitante que Jean Charest n'a jamais compris qu'il préside aux destinées d'une nation et non d'une vulgaire juridiction administrative.

***

Jocelyn Caron, Strasbourg, le 9 septembre 2010

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5 commentaires
  • Paul Gagnon - Inscrit 11 septembre 2010 09 h 07

    Méritocratie ou médiocratie

    On dit souvent, en démocratie du moins, que l'on a les dirigeants que l'on mérite. Il semble que cette fois nous avons atteint le fond du baril. On dit aussi que rendu là, on ne peut que remonter… Triste consolation que seul un avenir imprévisible vérifiera.

  • mcb514 - Inscrit 11 septembre 2010 13 h 14

    Le club social Charest

    Encore une fois, Jean Charest agit comme si le gouvernement du Québec était un club social privé dont il serait à la tête. Ce n'est qu'une démonstration parmi tant d'autres (lire ici: les nombreux cas de cadeaux pour ses "amis"). Et le plus triste est que le premier ministre ne semble pas comprendre d'une fois à l'autre... Chaque geste posé en ce sens n'agit qu'au détriment de ce que doit être la démocratie. Malgré le fait que je crois que monsieur Charest ait agit plus pas émotivité que par mesquinerie, cette fois-ci, ça ne fait que confirmer à quel point il est -et vous le dites si bien- déconnecté de sa fonction de premier ministre.
    Ceci étant dit, malgré mes idéaux souvenainistes, donc, forcément opposés à ceux d'un membre du Parti Libéral, je ne peux que m'attrister devant la perte monsieur Béchard: un homme que j'ai respecté pour sa passion politique, son charisme, son esprit combatif et son intelligence. Qu'il repose en paix.
    Le Québec peut, avec raison, pleurer la perte d'un grand politicien parti trop vite; mais décréter un deuil national est un -autre- faux pas à la Charest.

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 11 septembre 2010 14 h 15

    La fonction de James John Charest!

    Maître magouilleur en chef. Et ça il le fait en champion après le 'mentoring' de Chrétien et Mulroney.

  • 54lili - Inscrit 11 septembre 2010 18 h 37

    et encore..

    si c'était par humanité qu'il avait décrété des funérailles nationales, mais connaissant ses façons de faire, de profiter de chaque occasion pour se faire valoir, on est en droit d'en douter..

    il savait depuis jeudi dernier, lors de sa visite à l'hôpital, que M.Béchard vivait ses derniers moments..
    dès le lendemain, vendredi, il a pris rendez-vous avec M.Labeaume pour le mardi suivant pour faire son annonce pour le collisée à Québec..
    long week-end de 3 jours pour laisser mijoter la sauce..

    pourquoi la famille de M.Béchard ne s'est pas opposé à ces funérailles nationales, alors qu'ils voulaient vivre ce deuil dans l'intimité.

  • Lepulcher - Inscrit 11 septembre 2010 22 h 07

    Ce que coûtera Claude Béchard aux payeurs d'impôts et de taxes du Québec

    Indépendamment de ses qualités personnelles et de son triste décès prématuré,
    il n'en reste pas moins qu'il ne faut pas oublier que son intervention abusive
    dans le premier appel d'offres pour les wagons du métro de Montréal
    pour évidemment avantager Bombardier et les travailleurs de La Pocatière coûtera, après des années de délais, de tergiversations, de procédures judiciaires, d'honoraires, de frais, et d'augmentation du prix des matériaux et de la main d'oeuvre, au moins UN MILLIARD de dollars en plus!

    Un vrai bon politicien aurait évidemment donné priorité à l'intérêt collectif
    des payeurs d'impôts et de taxes du Québec plutôt qu'à son intérêt local
    à très courte vue, sans l'envergure rétroactive qui lui est maintenant attribuée.