Lettre - Un moratoire sur les gaz de schiste

Les sociétés gazières s'en viennent. Elles ont de l'argent et une stratégie éprouvée aux États-Unis. Elles ont enrôlé des lobbyistes québécois. À leur tête, le héros du verglas. Elles sont prêtes. Objectif: extraire les gaz de schiste du sous-sol québécois en évitant toute embûche juridique ou réglementaire. Au cœur de la stratégie: la rapidité.

Les conséquences de cette extraction sur l'environnement ne sont pas connues, comme le prétendent et le répètent les ministres concernés du gouvernement du Québec. Et ce n'est pas un hasard ou faute de temps si elles sont inconnues: c'est grâce à un copinage avec l'administration américaine dans les années 2000, qui mena à un blocage systématique des études sur les impacts de l'exploitation des gaz de schiste.

Contre l'organisation des sociétés, la population a aussi sa propre organisation. Fruit d'une longue évolution et d'un consensus historique, elle est toute puissante en ce domaine. Elle a pour rôle la protection du bien commun, notamment de l'environnement. Il s'agit de l'État.

Les sociétés ont peur du pouvoir de réglementation qu'a le gouvernement. Elles savent qu'une fois en place, elles n'auront par la suite que peu de recours, sinon la persuasion. On assiste donc présentement à une frappe préventive des sociétés gazières.

L'État québécois est le dernier rempart que possède la population pour se protéger contre l'action aux conséquences inconnues des sociétés gazières. Si le gouvernement marche aveuglément main dans la main avec celles-ci au lieu de remplir son rôle, la population se retrouvera écrasée, dispersée, avec à sa disposition des recours inefficaces.

Un moratoire sur l'exploitation des gaz de schiste doit être imposé avant qu'il ne soit trop tard. Bien sûr, pour éviter d'être mis devant un fait accompli et de voir le sous-sol du Québec balafré par les puits, mais surtout parce que le gouvernement doit être aux côtés de la population, non pas contre elle.

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7 commentaires
  • Pierre Schneider - Abonné 2 septembre 2010 06 h 17

    Informations et propagande




    D'une part, l'industrie, pressée d'aller de l'avant, entreprend une vaste campagne de propagande pour convaincre la population du bien fondé de ses prétentions et, d'autre part, le gouvernement s'en lave les mains et confie au BAPE une étude d'impact.

    Mais, en tant que citoyen mal informé, j'aimerais bien savoir comment il se fait que toute cette manne promise pour les Québécois ira enrichir des compagnies souvent étrangères ? J'aimerais bien savoir comment il se fait que
    notre gouvernement a accordé de nombreux permis d'exploitation de cette matière première à d'autres intervenants plutôt qu'à l'Hydro Québec ou à une autre société para gouvernementale afin de les juteux profits escomptés reviennent à tous les Québécois et ne servent à rembourser la dette,
    On parle de retombées économiques, comme la création de 7000 emplois, mais on se garde bien d'élaborer sur le fait que l'exploitation du sous-sol gazeux québécois profitera aux grosses compagnies et non aux citoyens propriétaires de leur territoire.
    Pourquoi accorder au privé ce que l'État pourrait gérer pour le bien commun ?
    J'aimerais bien qu'on éclaire ma lanterne...

  • Hubert Larocque - Abonné 2 septembre 2010 08 h 34

    Gaz de schiste et intérêt national

    L’avenir énergétique du Québec.
    Dans un an, se souviendra-t-on encore de l’affaire Bellemare? Il en va tout autrement de la question des gaz de schiste dont le traitement aura des répercussions sur plusieurs générations. Il existe certes des incertitudes de technologies et de malfaisances écologiques. Toutefois, une chose est certaine. Dans la mesure où cette source d’énergie peut garantir au Québec une position économique enviable, une autonomie accrue, peut-être une autosuffisance, on ne peut la livrer à l’avidité des multinationales, ni à la décision d’un gouvernement dont la projective et la conscience nationale ne sont pas les premières qualités.
    Il faut parer au plus pressé en mettant un terme à la spéculation étrangère - par un moratoire. Tout comme dans le cas de l’électricité, des mines de cuivre, le Québec s’achemine vers le pillage d’une ressource qui s’avère des plus prometteuses. Sans négliger la prudence écologique, il ne faut pas non plus verser dans une sorte d’horreur primitive de l’impur et des voies nouvelles.
    La grandeur d’un homme politique québécois sera toujours liée à sa capacité de voir dans toute question particulière le sort entier de notre peuple. Notre position constitutionnelle est défavorable. Aussi faut-il s’attacher au peu qui nous reste, les ressources naturelles. M. Charest a sans doute beaucoup à se faire pardonner. N’a-t-il pas une occasion en or de s’élever au premier rang, de préserver une richesse nationale par une nationalisation préventive, aussi nécessaire que fut celle de l’électricité?
    Hubert Larocque, Gatineau.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 2 septembre 2010 08 h 41

    Combien au gouvernement?

    Ce que j'ai hâte de voir c'est combien, sur les 2 milliards annuels qu'on va tirer du sol, va aller au gouvernement québécois?

    Québec

  • Pierre François Gagnon - Inscrit 2 septembre 2010 09 h 58

    Moratoire: principe de précaution élémentaire!

    Nous aurions tous intérêt, et ça urge, de prendre nos responsabilités environnementales dès maintenant et pour les générations futures. Je cite, à propos de l'éthicien Allemand Hans Jonas, trop méconnu parmi les francophones: «...s'il y a plusieurs effets possibles à une technologie, il faut décider comme si le plus mauvais allait s'accomplir : c'est le fameux principe de précaution.» Réf.: http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Principe_responsab

  • Pierre Véronneau - Inscrite 2 septembre 2010 11 h 31

    Le sol du Québec

    Le sol du Québec appartiens au peuple québécois pas au gouvernement pas aux pétrolières. C'est à nous point. Pourquoi est-ce que le gouvernement ne nous dit pas comment l'argent va être distribué ?
    Pas de nationalisation pas de creusage point.