Lettres - Robe noire ou robe rouge

Comme société, nous n'avons pas encore digéré cette longue partie de notre histoire où le clergé catholique dominait les consciences et la culture au Québec. Sans compter la perte de crédibilité de la hiérarchie catholique avec la litanie de scandales des dernières années. De sorte que tous les clergés, de quelque religion qu'ils soient, suscitent des réactions allergènes, surtout chez les femmes...

On sait pourquoi. Le style de rapport que le cardinal Ouellet veut établir avec le peuple québécois est de cet ancien modèle dont la population ne veut plus. Se posant en chef spirituel qui veut notre bien, il prend une posture paternaliste et autoritaire. Il est au-dessus de nous, car lui, il sait. Il ne marche pas avec nous et n'écoute pas ce que la sagesse populaire pourrait lui apprendre. Nos «lucides» nationaux ont la même approche dogmatique. Un rapport infantilisant et aliénant. Il faut pourtant s'arrêter à réfléchir sur la question de l'avortement, que nous avons peut-être banalisée comme bien d'autres d'ailleurs.

Une question complexe s'il en est, on n'a pas encore tranché à partir de quand le foetus peut être considéré comme une personne — d'où l'intervention beaucoup plus nuancée et fraternelle de l'évêque, président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, Pierre Morissette. Les approches radicales et dogmatiques sont dangereuses, qu'elles soient religieuses ou laïques, car elles ne respectent pas la complexité du réel et l'apport citoyen. Les plus à craindre de nos jours chez nous sont d'ordre économique et politique. De prétendus «lucides» nous tracent la voie du «salut économique». Consommons, mes frères! Endettons-nous! Produisons de la richesse qui sera accaparée par les plus riches. Ne changeons pas des robes noires pour des robes rouges. Assumons nos responsabilités sociales!

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Gérard Laverdure - Montréal, le 2 juin 2010

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