Lettres - Un bon tuyau

Les Torontois et les Japonais qui ont l'œil dessus ne s'y trompent pas: l'orgue de l'église du Très-Saint-Nom-de-Jésus (TSNJ), restauré il y a quelques années, est un instrument magnifique et en excellente condition. J'aimerais bien savoir pourquoi les administrateurs de la nouvelle salle de l'OSM qui ouvrira ses portes dans moins de 18 mois ont refusé de l'y intégrer.

Bien sûr, il est tentant de rester accroché à l'espoir de trouver éventuellement les quatre ou cinq millions requis pour un bel instrument tout neuf qui serait la 8e merveille du monde, mais la réalité, c'est que l'orgue de l'église du TSNJ, selon certains organistes réputés dans cette ville, est tout à fait adéquat pour la musique romantique et symphonique des XIXe et XXe siècles qui serait jouée avec l'orchestre. Point n'est besoin d'un orgue qui permettrait aussi le récital intimiste: nous avons déjà plusieurs instruments et lieux appropriés à Montréal.

Comme ce Stade olympique châtré qui a ouvert ses portes sans son mât en 1976, voilà que l'histoire de notre belle ville de Montréal se répète avec une salle symphonique qui sera inaugurée sans l'orgue pourtant originellement prévu. Cette fois-ci, que je sache, on ne peut pas accuser un Français pour nos fantasmes!

Le mieux est l'ennemi du bien. Cette solution du réaménagement de l'orgue de l'église TSNJ a le mérite d'être pragmatique, adéquate, réaliste et beaucoup moins coûteuse. En attendant le jour où les fonds deviendraient disponibles pour un nouvel instrument mythique, on risque de se retrouver avec une église en ruines dont le joyau aura été retranché à jamais du patrimoine instrumental québécois.

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Louis Langelier, Montréal, le 19 mars 2010