Lettres - Une approche non partisane pour la vie

Une précision importante s'impose à la suite de la publication de la lettre «Les propos déplorables du cardinal Ouellet», parue dans Le Devoir du 20 mai.

La directrice générale du Centre justice et foi, madame Élisabeth Garant, allègue que le cardinal se range sans réserve du côté du gouvernement Harper. L'archevêque de Québec salue l'initiative du gouvernement de ne pas inclure l'avortement dans le plan du G8 pour la santé des mères des pays du tiers monde dans une approche non partisane pour la vie. L'appui sans réserve qu'il donne, c'est à la dignité de la personne humaine, de la conception jusqu'à la mort naturelle. Sans juger. Sans jamais condamner les femmes et les hommes se retrouvant devant des choix déchirants. Nous leur devons compassion et soutien.

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Jasmin Lemieux-Lefebvre, Directeur des communications de l'Église catholique de Québec, le 20 mai 2010
5 commentaires
  • Yves Petit - Inscrit 21 mai 2010 07 h 07

    oui mais!

    Mgr. Ouellet doit tenir compte du contexte dans lequel il émet ses opinions. Nous vivons dans l'ère des communications, vous savez!

    La crédibilité de ses propos a justement été mis en cause en raison, entre autres, de l'absence de réponse adéquate sur le sujet du très grave problème de pédophilie au sein de l'Église catholique.

  • Nestor Turcotte - Inscrit 21 mai 2010 07 h 15

    Le choix de la vie

    L’avortement soulève un faisceau de questions. Sont concernés, l’enfant à naître, la mère avec ses droits, l’époux, la famille, la société. Ce sont là autant de sources d’exigences qu’on ne peut pas ignorer. Existe-t-il une hiérarchie entre ces diverses exigences?

    La Déclaration international des droits de l’homme affirme que «tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne». L’impératif moral «tu ne tueras pas» n’est pas contesté par personne.

    Les divergences surgissent quant à l’application de cet impératif et de ce droit à la vie. L’embryon et le fœtus, neuf mois dans le sein de la mère, est-il sujet de droit? Le problème de l’avortement se situe exactement là.

    Quelle est la signification, en morale, des notions de droit et de principe? Que veut dire la Déclaration universelle en parlant du «droit à la vie» ? Le terme indique, d’une part, une exigence qui s’impose quelles que soient les dispositions subjectives, et d’autre part, une disposition chez autrui, individu ou société, une obligation. Le droit s’impose par sa nature même. Le droit nous renvoie à la personne. Le droit à la vie comme tous les droits fondamentaux sont appelés «droits de l’homme». Cette appellation indique que la personnalité est le propre de tout sujet appartenant à l’espèce humaine et que c’est la nature humaine qui est le fondement des droits fondamentaux qui appartient à la personne qui possède cette nature. La transcendance de la personne à son tour fonde l’inconditionnalité de ces droits.

    Mais ces principes ne sont-il pas des abstractions, des a priori, respectables en eux-mêmes, mais situés fort loin des préoccupations et des drames de la vie quotidienne? La fidélité aux principes n’a-t-elle pas pour conséquence d’engendrer une attitude inhumaine d’inattention et d’insensibilité face aux situations concrètes? Il y aurait alors comme deux morales : une morale transcendante et inhumaine des principes et une morale de la compréhension des situations particulières, qui ne peuvent être traitées correctement que si l’on congédie les principes? D’un côté, les principes, de l’autre l’humain?

    Cette façon de penser est caricaturale. Un principe désigne, en effet, ce qui est premier et commande ce qui d’une manière ou d’une autre est sous sa mouvance. Or précisément ce qui est premier et déterminant, c’est que chaque être humain est une personne, sujet de droits, lesquels sont l’expression d’exigences fondamentales inscrites dans la nature humaine. Tous ces droits s’imposent à autrui et à la société qui doivent les respecter comme des valeurs normatives.

    Le problème de l’avortement s’articule autour d’une seule question. Le fœtus est-il, oui ou non, un être humain ? Le savant donne une réponse. La génétique et l’embryologie affirme que dès le moment de la fécondation et de l’apparition de la cellule primordiale, ou zygote, on a affaire à un individu, ayant sa structure propre et distinct de l’organisme de la mère dont il dépend. Biologiquement parlant, cet individu comporte déjà le «programme» qu’il développera tout au long de son existence. Il n’existe aucun hiatus, aucune brisure, discontinuité de la fécondation à la naissance. Tout l’être humain est déjà là. Il n’est pas génétiquement la propriété de la mère. Une partie de la cellule initiale vient du père, il ne faut jamais l’oublier. L’enfant à naître est la propriété du couple humain. Il n’est pas la propriété ni du père, ni de la mère. Il est dans la mère mais il n’est pas de la mère.

    Le fœtus est-il un être humain ? Le juriste a aussi sa réponse. Dans certains pays, on pourrait trouver des lois qui affirment que le fœtus est un être humain ; dans d’autres pays, on pourrait trouver des lois qui affirment que le fœtus n’est pas un être humain ; enfin, dans les autres pays, on pourrait ne trouver aucune loi qui réponde à cette question. C’est le cas présentement du Canada. À l’article 223 du Code criminel, la Cour suprême donne cette réponse à notre question : « Un enfant devient un être humain au sens de la présente loi (elle pourrait donc être changée…) lorsqu’il est complètement sorti, vivant, du sein de sa mère : a) qu’il ait respiré ou non ; b) qu’il ait ou non une circulation indépendante ; c) que le cordon ombilical soit coupé ou non. Commet un homicide quiconque cause à un enfant, avant ou pendant sa naissance, des blessures qui entraînent sa mort après qu’il est devenu un être humain. » En principe, au Canada, on pourrait faire un avortement des premières semaines de la fécondation jusqu’à la naissance, sorti du sein de la mère, sans être, pour autant, accusé d’homicide et donc, poursuivi par la loi canadienne.

    Que dit le philosophe face à la question posée ? Mon ancien professeur de philosophie (toujours vivant) affirmait que chaque être de la nature recèle un principe structurant, une énergie organisatrice qui le fait ce qu’il est et le distingue des autres. Chez les êtres vivants – végétaux, animaux et humains –, le principe structurant a reçu le nom d’âme : tout ce qui vit a une âme. C’est l’âme humaine qui fait l’être humain, comme la forme sphère fait la sphère. Si vous posez, maintenant, la question suivante : « À quel moment le produit de la conception devient-il un être humain ? » le philosophe va répondre : « Au moment de l’introduction de l’âme humaine. » Mais quand donc l’âme humaine est-elle introduite ? La question n’est pas tranchée définitivement et elle ne le sera sans doute jamais. Le médecin qui opère n’aperçoit aucune âme au bout de son scalpel.

    Alors, le fœtus est-il un être humain et a-t-il des droits ? Je consulte encore mon ancien professeur de philosophie. Le fœtus est un être humain, en prenant soin de bien préciser le sens de ce mot. En effet, qu’il soit un être, cela est incontestable : un fœtus, ce n’est pas du néant. De plus, on peut le qualifier d’humain puisqu’au stade de fœtus, il présente génétiquement les caractères distinctifs de l’espèce humaine. Remontons jusqu’au zygote. À l’instar du fœtus, le zygote est un être. Est-il un être humain ? Comme il ne présente pas à première vue, tous les traits caractéristiques de l’espèce humaine, on peut affirmer au moins qu’il est un être humain en puissance. Le simple bon sens peut affirmer que le processus amorcé au moment de la conception a pour terme un être humain. Le détruire, c’est empêcher un être humain de voir le jour.

    Le fœtus est-il une personne ? Tout dépend encore de la définition de la personne avec laquelle on fonctionne. Si l’âme humaine est déjà dans le zygote, le zygote est une personne, mais une personne dont les puissances et les facultés ne sont pas développées. Le fœtus a-t-il des droits ? Au Canada, il n’a pas de droits juridiques ou légaux, mais il a des droits moraux, c’est-à-dire des droits que la raison ou le bon sens lui reconnaît.

    Chaque année, il se pratique, dans le monde, plus de soixante millions d’avortements. La guerre fait moins de victimes. Il est donc plus dangereux d’être un fœtus que d’être un soldat…

    Le fœtus est un être humain en devenir comme la petite carotte qui pointe dans la terre est un légume mais, pour le moment, inapte à entrer dans la composition de la soupe familiale.

    Si vous demandez à un maçon ce qu’il fait, il pourra vous répondre : «Je bâtis une cathédrale» et non : «Je pose des pierres». Le philosophe regarde toujours le processus en se référant au terme. Pour connaître la gravité d’un geste, il considérer sa finalité.

    Si vous demandez à un couple ce qu’ils font, ils vous répondront qu’ils font un être humain et non qu’ils alignent et collent ensemble des cellules. Dans le cas qui nous occupe, le processus mis en branle au moment de la fécondation aboutira à un être humain qui est toujours, même après la naissance, en devenir et jamais totalement réalisé. Selon la qualité du maçon, selon la qualité du constructeur humain qu’on est, on dira, si jamais on interrompt le processus, qu’on a tout simplement éparpillé des cellules ou qu’on a fermé l’entrée de la vie d’un être humain.

    Le nez collé contre le mur, j’éparpille les pierres de la cathédrale en construction. Le regard tourné vers le terme, je détruis la cathédrale. Le nez collé sur la fleur du pommier, j’éparpille les pétales. Le regard tourné vers le terme, je détruis la pomme en puissance. Le nez collé sur le fœtus, j’éparpille des cellules vivantes. Le regard tournée vers le 9e mois, j’empêche un être humain de naître.

    Quant à la position de l’Église catholique, elle est liée, en grande partie, en la croyance en Dieu maître et auteur de la vie présente et de la vie éternelle. Toujours à la défense du plus faible, elle le protège et demande de ne pas le tuer un innocent. Or, l’innocence du fœtus n’est pas à démontrer. On n’imagine pas un fœtus traduit en justice et qu’un jury déclarerait coupable du désastre de sa mère. On imagine facilement le contraire : un fœtus qui traduit et son père et sa mère en justice et les tient responsable de sa présence encombrante.

    Faut-il être «pro-vie» ou «pro-choix». Je suis pour le choix de la vie. Ces oppositions sont stériles et tournent souvent en affrontements inhumains. C’est le gros bon sens qui doit l’emporter. Il y a un être humain en devenir et cela suffit pour commander le respect et la protection de cet être humain en devenir. Dès le moment de la conception, l’aventure d’une vie humaine est commencée et c’est par là que chacun de nous est commencé. Chaque vie humaine est unique et singulière. C’est être humain et hautement humain de laisser l’humain, suivre le chemin qui conduit chacun à vivre originalement son humanité.

    Peut-il y avoir des exceptions ? En morale, les principes guident. Il revient à chacun de les appliquer dans sa vie personnelle. Il ne me revient pas de juger les consciences. Il revient à chacun d’éclairer la sienne. On peut s’aider les uns les autres, sans s’affubler de tous les noms, pour trouver un meilleur éclairage. Avec la meilleure volonté du monde, il peut arriver que certains le refusent.

  • Olivier Laroche - Inscrit 21 mai 2010 11 h 36

    Dommage Nestor

    Je n'ai pas lu votre commentaire. Il est peut-être très intéressant, mais beaucoup trop long. Votre document a 1700 mots et 9 paragraphes. La concision est une qualité. Si vous voulez participer aux débats, vous devrez l'apprendre.

  • Nestor Turcotte - Inscrit 21 mai 2010 18 h 33

    @ M. Laroche

    Ici, on ne débat sur quelque chose d'ordinaire: on débat sur la vie ou sur la mort.

    C'est justement parce que ce débat se fait autour de clips que l'on ne comprend pas facilement la difficulté de la question. Ce texte résume un peu ma pensée. Il dit l'essentiel. Pour notre monde superficiel, l'essentiel c'est en trois lignes. Et parfois, moins...

  • Claude Archambault - Inscrit 21 mai 2010 19 h 02

    Nestor, mon choix c'est la vie aussi.

    100% derrière vous.