Lettres - La messe du corps

Le peuple s'unifie habituellement autour d'une grande cause. Au Québec, les grandes causes étant à l'agonie, on se rabat sur le sport. Salvador Dali affirmait: «Le sport, c'est la messe du corps.» Le sport permet de célébrer, de fêter, de se refaire la dimension grégaire. Le sport engendre des rites, des invocations, des chants animés, des communions, des cris de victoire. Cependant, l'homo ludens doit toujours demeurer un homo sapiens.

La sortie de la grand-messe sportive occasionne, de plus en plus, des gestes choquants, du grabuge circonstanciel, des accrochages, des altercations, des bagarres, des chamailleries, des dégâts, des disputes, des dommages, des prises de bec, des bris de vitrines. L'harmonie des chants rassembleurs est souvent brisée par une poignée de fanatiques casseurs. Il faut le déplorer. Tout faire pour l'éviter.

Il faut si peu de monde pour briser l'atmosphère d'une fête populaire: quelques fêtards éméchés, une poignée de bordéleux enivrés, des déboussolés fanatiques incapables de vivre la défaite de l'opposant.

Tout le monde connaît le vieux «Panem et circenses» (Du pain et des jeux) des Romains. C'est le plus facile exutoire qu'un peuple peut trouver pour effacer la lassitude populaire. Il ne faudra pas que les bagarres de rues, plus ou moins maîtrisées par les policiers, viennent empêcher le goût de fêter. L'être humain est festif. Il y trouve la sagesse du vivre ensemble, la joie communicatrice aisément partagée. Que chacun fasse en sorte qu'à la fin de la prochaine grand-messe, les fidèles, processionnant la coupe au coeur d'une masse joyeuse, arrivent à fêter dans la paix et l'harmonie. Les gens ont bien le droit, une ou deux fois par année, d'oublier, ne serait-ce qu'un seul instant, la grisaille du quotidien.

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Nestor Turcotte - Matane, le 13 mai 2010