Lettres - L'écran de fumée

Le récent bulletin de l'organisme Jeunes en forme Canada nous dit que les jeunes ne bougent plus.

Il y a plusieurs facteurs qui s'accordent pour favoriser cette réalité psychosociologique. Ce qui dépasse comme la pointe de l'iceberg toutefois, c'est cette fascination, de notre part à tous, pour le contenu électronique. En dehors de l'aspect utilitaire des télécommunications et des rares émissions ou films qui peuvent nous rendre plus humains, voire plus intelligents, les écrans télévisuels s'interposent au présent de la réalité pour nous divertir et nous abrutir de toutes sortes de façons. Nous ne nous rendons plus compte de la dépendance que nous avons envers ces objets et de la place qu'ils prennent dans notre quotidien. Objets de babillage constant, incontinent, obligeant les passants à courber l'échine pour percevoir le minispectacle qu'ils consomment et ces «gamers» à porter ce regard hagard dont les yeux reflètent les syncopes lumineuses de l'action extrême. Ces jeux qui remplacent, comme une fausse bûche dans le poêle, l'action véritable que nous avons perdue peu à peu.

Le réel de nos vies serait-il devenu si banal, si gris que nous ayons constamment besoin de le remplacer par celui, scintillant et coloré, des autres? Ces faux autres que nous écoutons, regardons vivre à notre place par la fenêtre magique pendant qu'autour de nous s'écoule un temps précieux où la beauté du monde demande à être perçue et la réalité... réhabilitée.

Pour ces jeunes qui ne savent pas encore, il faut que nous réapprenions à nous émouvoir de ce qui se passe, «pour de vrai», autour de nous. Pour pouvoir leur transmettre ces valeurs et qu'ils aient un embryon d'intention d'aller voir par l'autre fenêtre, celle qui donne simplement dehors. C'est certainement aussi important pour l'environnement physique et humain que de jeter ses petits papiers dans le bac de recyclage.

***

Marc Boucher, Laval, le 29 avril 2010