Lettres - Les femmes en politique

Madame Payette, je vous ai entendue hier affirmer à l'émission Désautels que les femmes étaient envoyées dans des circonscriptions perdues d'avance. Il s'agit d'un mythe que les féministes perpétuent depuis des lunes, mais qui n'est pas du tout étayé par l'analyse des statistiques électorales. La politicologue Guylaine Tremblay l'avait déjà montré au début des années 90. C'est encore le cas aujourd'hui alors que, lors de la dernière élection, les représentantes féminines des trois grands partis ont eu 35 % de chances de se faire élire alors que ce pourcentage n'était que de 32 % pour les hommes.

De même, si l'on regarde uniquement les élections partielles tenues depuis l'an 2000, on découvre que les femmes ont remporté 54 % des sièges. Le pourcentage de femmes est plus élevé dans les partielles, car, dans ces cas, on remplace un député existant, ce qui n'est pas le cas lors des élections générales où plusieurs députés sont simplement reconduits.

En effet, si l'on regarde la vitesse de progression des femmes à l'Assemblée nationale et qu'on la compare avec celle des autres pays, on remarque immédiatement qu'elle est très rapide. En effet, cette vitesse est aujourd'hui supérieure à celle de la Suède, du Danemark ou de la Finlande, ces mêmes pays qui sont donnés en exemple! Mieux encore, jusqu'à l'élection de 2007, le Québec était deuxième au monde pour la vitesse de sa progression, n'étant dépassé que par l'Espagne! Toutefois, depuis 2007, on constate un ralentissement de la tendance, la proportion de nouvelles élues se réduisant considérablement. Selon toute vraisemblance, ce freinage n'est pas dû à une augmentation brutale du sexisme, mais aux conditions économiques qui ont poussé les partis politiques à amener dans leur rang des acteurs économiques. Ces derniers étant encore principalement masculins, cela a nui à la progression des femmes. Selon toute vraisemblance, une fois cet épisode passé, les femmes reprendront le temps perdu ainsi que leur place au Parlement.

Plutôt que d'illustrer ces succès, on s'obstine à perpétuer une vision du monde qui ne colle pas à la réalité. Il s'agit d'une attitude nuisible, car elle ne peut que décourager les femmes à qui l'on répète que les portes du pouvoir leur sont fermées, alors qu'il n'en est rien.

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Yvan Dutil - Québec, le 24 avril 2010