Lettres - Mille oiseaux défilent dans ma rue

J'ai eu l'immense privilège, en ce Jour de la Terre (22 avril), de voir défiler devant chez moi, en une parade joyeuse, tous les enfants de l'école de mon quartier.

Il s'est d'abord fait entendre comme un gazouillis inhabituel qui montait dans l'air, entrait par les fenêtres prématurément ouvertes en ce printemps déjà vieilli. J'ai cru que la cour d'école, que l'on n'aperçoit pas, était plus agitée que de coutume.

Mais cela grossissait et se rapprochait, on ne savait pas de quoi cela avait l'air. Par la fenêtre, je les ai vus s'amener dans ma rue et là, j'ai compris: le Jour de la Terre!

Cela prenait de l'ampleur, mais aussi de la force, une force déterminée et puissante, comme une armée qui s'approchait. Je suis sortie sur mon balcon, intimidée. Là devant moi passaient à la file des centaines d'enfants avec banderoles et cris aigus, désordonnés et tapageurs. C'était une clameur qui s'élevait entre les murs des maisons; des dizaines de petits cris d'oiseaux réunis avant de s'envoler.

Les plus grands ouvraient la marche, les plus petits la fermaient. Je les ai salués, applaudis, émue et bouleversée.

Ce n'est qu'en les perdant de vue au tournant de la rue que j'ai réalisé qu'absolument rien n'empêchait que je me joigne à eux, et avec moi tous nos voisins, puis tout le quartier, puis toute la ville, et que c'est ce réflexe qu'il me faudra au plus vite développer.

***

France Marcotte - Montréal, le 22 avril 2010