Lettres - L'autre, c'est son visage...

Le mot «visage» vient du mot latin visus (aspect, apparence) et signifie ce que l'on représente pour autrui, ce qui est vu par l'autre. Toute la personne s'exprime par le visage. Le visage est ce que l'on montre aux autres. Il est le face à face avec l'autre. Le visage livre quelque chose de mystérieux à l'être qui le regarde. Il masque aussi l'être tout en le dévoilant partiellement.

Le visage exprime, déborde la représentation. Il met l'être en évidence et le sort de la «chosification». Par lui, l'être humain sort de l'anonymat, prend sens, entame une relation plus ou moins intime avec l'autre, tisse le lien de confiance, ouvre la porte du coeur, délivre des espaces d'abandon, de solidarité et d'ouverture. Le visage engage, délivre, construit, permet d'échapper à la plasticité des formes sculpturales. Il fait germer l'expression, le sentiment, le goût d'être ensemble.

Le visage est fait pour rejoindre la reconnaissance de l'autre. Le visage de l'autre qui reconnaît le sien se trouve ainsi nourri de la reconnaissance de celui qui prend le temps de faire surgir une reconnaissance mutuelle. L'autre se trouvant ainsi accepté dans le regard de l'autre; moi, étant reçu dans le regard de celui qui me regarde.

Seule la parole peut travestir le regard. La bouche lance les mots qui peuvent ennoblir ou défigurer le regard. L'écoute de l'autre modifie le regard comme l'attention de l'autre métamorphose le regard de celui qui engage le dialogue.

Le visage joue donc le rôle de fonction. Il permet d'entrer en relation avec l'autre. Il permet la communication. Il est donc le propre de l'être humain. L'être humain est fait pour croiser le regard de l'autre. Son regard atteint, dans un premier temps, les yeux, fenêtres de l'âme. Puis, dans un second temps, la bouche, par qui peut advenir tous les possibles humains.

Si le visage permet tous les possibles, pourquoi alors le dissimuler, le cacher? Le faire compromet la rencontre, la communication, fait disparaître le sujet. Il faut marcher visage découvert, car c'est la seule façon de dire à l'autre qu'on a le goût d'être vu et reconnu pour ce qu'on est: un être humain.

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Nestor Turcotte - Matane, le 2 mars 2010

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2 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 4 mars 2010 08 h 56

    Les curés d'aujourd'hui

    Très beau texte. À lire par tous les politiciens du Salon de la race ainsi que par les gens des médias. Ces derniers devront bien un jour ou l'autre faire leur examen de conscience. Dans cette historiette du niqab, ils ont perdu la tête, médiatisé à outrance un fait divers. Les médias aiment bien critiquer les autres, mais diable ils sont peu enclins à l'auto-critique. Comme certains curés d'autrefois.

  • Pierrette L. Ste Marie - Inscrit 4 mars 2010 11 h 24

    Cacher son visage

    Très beau texte de réflexion. Bien au-delà de la politique et de ses entorses