Lettres - Sauver des vies

Madame la Ministre de la Coopération internationale Bev Oda,


Une lettre collective vous a été adressée par des représentantes du Parti libéral du Canada. J'aimerais, à titre de professeure-chercheuse engagée depuis longtemps dans la lutte contre la mortalité maternelle, appuyer le contenu de cette lettre, publiée dans les pages du Devoir du 27 février dernier.

L'écart entre les chances de survie des femmes des pays à faible revenu et celui des pays mieux nantis, lors de grossesses et d'accouchements, est une des situations les plus honteuses de notre époque. De plus, la survie des mères est liée intrinsèquement à celle des nouveau-nés et des enfants, sans parler de leur développement. La mortalité maternelle dans le monde doit donc être réduite, rapidement. Parmi les huit objectifs du millénaire pour le développement auxquels le Canada a souscrit, trois y font référence directement et indirectement.

Le rôle central que joue l'accès à des services de contraception et de santé génésique dans la réduction de la morbidité et de la mortalité maternelle n'est plus à démontrer. Refuser d'en faire un objectif primordial et prétendre vouloir agir sur la santé maternelle et infantile ne peut se justifier autrement que par des arguments qui n'ont rien à voir avec des données probantes. Or, ce sont les données probantes, dans une société comme la nôtre, qui orientent nos choix d'intervention en matière de santé. Ajoutons que le Canada, en soutenant de nombreux projets internationaux qui font la promotion du droit des femmes à l'égalité et à la dignité, a acquis une belle image internationale. Une telle image repose sur des actions concrètes. En matière de services de santé, promouvoir les droits des femmes signifie leur assurer l'accès aux moyens qui leur permettent de décider pour elles-mêmes. Dans ses efforts en matière d'aide internationale, le Canada affirme depuis de nombreuses années le droit des femmes, où qu'elles soient, à des services de santé complets et de qualité. D'où vient votre mandat pour changer ce discours et les actions qui en découlent lorsqu'il s'agit de sauver la vie des mères et de leurs enfants?

*****

Maria De Koninck - Professeure titulaire, Département de médecine sociale et préventive, Université Laval, Québec

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1 commentaire
  • Jean-Léon Laffitte - Inscrit 3 mars 2010 13 h 49

    La langue de bois

    Mme de Koninck, pourquoi ne pas dire clairement dans votre lettre que vous réclamez l'avortement et la contraception pour "sauver la vie des mères et de leurs enfants"? Parce que l'absurdité de votre position sauterait alors aux yeux des lecteurs? L'élimination des enfants n'est pas une façon de sauver leur vie. Et dans la majorité des pays pauvres, l'enfant est encore aujourd'hui vu comme un "cadeau de Dieu", la plus grande richesse des parents.

    Plutôt que d'imposer cette culture occidentale à ces gens qui ne vous l'ont pas demandé, il vaudrait mieux aider ces mères à réaliser leur rêve: avoir les moyens de mettre au monde et d'élever leurs enfants. Vous verrez alors si ces grossesses sont "non désirées"!

    Oh, c'est vrai, j'oubliais l'argument massue de la lettre de représentants du parti libéral... Je la cite, cela en vaut la peine :

    "Une étude récente de l'Institut Guttmacher et du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) (http://www.gutmacher.org/pubs/addingitup.pdf) avance des arguments irréfutables pour renforcer l'appui international aux programmes de santé sexuelle et génésique.
    Ce rapport indique qu'en répondant aux besoins en services de contraception dans les pays en développement, on permettrait d'éviter 52 millions de grossesses non désirées par an, ce qui, du coup, permettrait de sauver plus de 1,5 million de vies et éviterait que 505 000 enfants perdent leur mère.
    (...)
    . Il précise que «l'investissement dans la planification familiale et les services de santé maternelle et infantile peut atteindre les mêmes résultats spectaculaires pour 1,5 milliard de moins que d'investir seulement dans les services de santé maternelle et infantile»."

    1,5 milliard de dollars de moins à payer si on les encourage à la contraception et à avorter, comme le disait la lettre du parti libéral, plutôt que de payer pour de réels services de santé maternelle et infantile... Voila le type d'arguments de nos sociétés occidentales dégénérées.