Lettres - De l'action, S.V.P.

Je suis infirmière, et française d'origine; je pratique au Québec depuis 2001. Cela m'a permis de constater que nos hommes politiques ne sont ni visionnaires ni bons gestionnaires. Il faut une crise pour faire réagir M. Bolduc! Et il ose dire qu'il faudra encore cinq ans pour voir l'amélioration d'une situation qui dure depuis des années. C'est rire de nous. Dans mon service, on me disait: «Sylvie, tu es capable, reste ce soir», alors pour éviter que mes collègues soient dans le trouble, je disais «oui».

Au début, c'était des heures supplémentaires volontaires, mais les demandes se sont accentuées de plus en plus pour devenir des heures supplémentaires obligatoires. Je suis tombée malade comme beaucoup de mes amies infirmières d'ailleurs.

Les services de santé publics s'écroulent par manque de moyens, et j'imagine que M. Bolduc va nous proposer sa solution: le privé, n'est-ce pas? Et qui va payer la note? Nous, les citoyens et citoyennes du Québec. J'espère que la population va comprendre qu'il y a un réel déclin du réseau de la santé.

Une autre problématique qui m'agace beaucoup: faire plus avec moins de ressources, nos employeurs appellent ça la réorganisation du travail. Mais le problème ne se trouve pas sur le plancher des unités de soins, des décisions politiques doivent être prises. Je suis d'accord pour trouver des solutions pour économiser, mais pas au détriment des personnes que je soigne.

Je ne suis pas un robot ni une ouvrière en soins! J'ai choisi le métier d'infirmière pour être en contact avec les gens, pour les écouter et les aider. Une écoute attentive de l'histoire du patient est primordiale pour faire une bonne évaluation, mais lorsque le quota patient-infirmière augmente sans cesse, devinez la suite!

J'invite le ministre de la Santé à venir exercer son métier dans un de nos hôpitaux, je lui demanderais de faire des heures supplémentaires obligatoires tous les deux jours au détriment de sa santé et de sa famille. C'est de l'action que nous demandons dans les plus brefs délais, car les professionnels en soins sont exténués.

***

Sylvie Le Gal - Le 27 février 2010

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4 commentaires
  • Claude Archambault - Inscrit 2 mars 2010 09 h 30

    @ Sylvie Le Gal

    Vous nous dites : Je suis infirmière, et française d'origine; je pratique au Québec depuis 2001. Cela m'a permis de constater que nos hommes politiques ne sont ni visionnaires ni bons gestionnaires.

    Malgré ses failles le système ici doit être supérieur à ce qui se fait en France et à plusieurs endroit dans le monde, si vous avez quitter la France pour venir ici. Je ne connais pas personne qui quitte son pays pour se retrouver dans une situation pire.... absolument rien ne justifie cela.

  • François Lafontaine - Inscrit 2 mars 2010 13 h 20

    Des images chocs seront-elles nécessaires?

    Le Gouvernement présente régulièrement des messages publicitaires pour sensibiliser la population contre les méfaits de l'alcool au volant, la vitesse au volant, le jeux, etc. Plusieurs de ces publicités présentent des images chocs afin de nous responsabiliser.

    De la même manière, la population devra un jour filmer des hommes et des femmes en train de mourir dans les salles d'urgence afin de sensibiliser le gouvernement devant son irresponsabilité.

  • Pierre Bernier - Abonné 2 mars 2010 17 h 05

    Trompée de métier ?

    Attention, si vous dites avoir « choisi le métier d'infirmière pour être en contact avec les gens, pour les écouter et les aider » ?

    Vous vous êtes peut-être trompée de métier, à moins d'être restée en France à titre d'infirmière à domicile, notamment en région rurale.

    Autrement, ici, vous auriez dû choisir la psychologie ou le travail social. Ces professions valorisent l'écoute et les soins « par la parole » (parfois réduit au « parling », quitte à ne jamais régler le problème dont souffre le patient !

  • Alain Deloin - Inscrit 2 mars 2010 20 h 57

    @ Mme Sylvie Le Gall: Pourquoi ne pas changer de province?

    Vous exercez un beau métier.
    Si vous voulez de gros moyens, essayez un établissement hospitalier de haut vol en Alberta.
    L'Ontario ne devrait pas être mal non plus. Choisissez le CHEO à Ottawa ou "The Hospital for Sick Children" à Toronto, ils recrutent. Et puis c'est une expérience qui vous change une vie. Dans quelques années, revenez nous la faire partager dans ces colonnes.