Lettres - Our home and native land

On a fait grand cas de la faible présence du français aux cérémonies d'ouverture des Jeux de Vancouver, déplorant l'indifférence alors témoignée envers la dualité linguistique et le fait français au Canada. Mais y a-t-il vraiment matière à s'en surprendre? Lorsque l'on scrute sous le vernis, éclate alors au grand jour toute l'inertie qui est à la source de cette incurie.

Déjà, au tournant des années 90, le gouvernement de Brian Mulroney, aux prises avec un déficit imposant, avait entamé la transformation des professionnels de la traduction en entrepreneurs sous-traitants, dits pigistes, processus de «dégraissage» accéléré, quelques années plus tard, sous la gouverne de Jean Chrétien, qui se réclamait pourtant de l'héritage de Pierre Elliott Trudeau. Cet expédient de la sous-traitance, motivé par un souci d'économie, n'a évidemment pas manqué d'égratigner bon nombre d'autres secteurs de la fonction publique fédérale. Sauf que l'application de la Loi sur les langues officielles n'est pas du domaine de la plomberie, du béton ou des patates frites. Tant s'en faut, car il en émane ni plus ni moins que les services fiduciaires sont un fondement constitutionnel de la société canadienne. On trahit donc l'esprit et la fonction de ceux-ci en les soumettant aux procédures d'appels d'offres auxquelles les firmes privées sont assujetties.

Ainsi, lorsque l'on traite les fonctionnaires chargés d'assurer la bonne marche et l'affirmation du bilinguisme officiel au Canada comme des marchands de textes plutôt que des rouages importants de l'État canadien, c'est que l'on voit davantage en eux un fardeau budgétaire à supporter qu'un investissement positif dans le développement social et culturel du pays. Peu étonnant donc que le Comité organisateur des Jeux de Vancouver n'ait eu aucune gêne à s'en soustraire le plus possible dans le cadre de ces festivités, privant ainsi l'un des deux peuples fondateurs d'un rayonnement planétaire qui eût pourtant fait honneur à tous.

Par conséquent, tant et aussi longtemps que la promotion des langues officielles et des services afférents sera considérée comme un poste budgétaire à comprimer autant que possible plutôt que la clé de voûte de l'identité canadienne, sans égards aux répercussions sur le tissu social et l'unité du pays, le prétendu bilinguisme canadien demeurera une travestie indigne d'un pays que l'on veut exemplaire.

***

Jean-Charles Merleau - Gatineau, le 25 février 2010

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5 commentaires
  • Bernard Dupuis - Abonné 1 mars 2010 10 h 18

    Duplicité du fédéralisme

    Dans ce pays, il y a beaucoup d'événements qui se passent loin des projecteurs, mais qui n'en sont pas moins importants. Votre lettre met en lumière le véritable prix que les Canadiens anglais sont prêts à payer pour une réelle présence du français dans leur pays. Faute de pouvoir abolir la loi sur les langues officielles, le reste du Canada lui coupe les vivres.

    Je me souviens que Pierre Elliott Trudeau avait fait adopter sa loi sur les langues officielles en promettant effectivement que le bilinguisme serait «la clé de voûte de l'identité canadienne». Il a réussi à faire croire à une majorité de Québécois qu'il était possible de faire en sorte que leur langue ait le statut de langue officielle dans «un Canada uni». Toutefois, le reste du Canada ne l'entendait pas ainsi prétextant que le bilinguisme allait coûter trop cher. Trudeau fut obligé de les haranguer en leur disant que c'était le prix à payer pour garder le Québec au sein du Canada.

    Ce que votre lettre met en lumière, c'est que ce «prix à payer» pour «accommoder» le Québec n'a jamais été véritablement accepté. Je peux aussi comprendre pourquoi vous publiez cette lettre juste à la fin des Jeux olympiques de Vancouver. Dès que les Québécois sont placés dans une situation de minorité, c'est avec grande peine que leur langue et leur culture sont «tolérées».

    Bernard Dupuis, Berthierville

  • Alain Deloin - Inscrit 1 mars 2010 16 h 24

    LE pretexte

    "Toutefois, le reste du Canada ne l'entendait pas ainsi prétextant que le bilinguisme allait coûter trop cher."

    Mais vous, personnellement, combien etes-vous pret a payer pour faire ce Canada bilingue coast to coast? 1000, 10000, 100000$ par an?
    Moi par exemple, je paye deja beaucoup d'impots et je ne veux pas mettre un radis de plus la-dedans.

  • Jean-Roch Lapointe - Inscrit 1 mars 2010 21 h 34

    C'EST LÀ LA DIFFÉRENCE ENTRE UN FONDATEUR ET UN CONQUÉRANT?

    N'est-ce pas une utopie que le Canada devienne bilingue d'un océan à l'autre.

    La réalité historique est que les français ont découvert, défriché et fondé le Canada. le Réflexe naturel est que le conquérant attend le défrichement du territoire par l'autre pour s'en emparer ensuite. Et les anglophones dans ce pays n,ont pas fondé, mais ils ont conquis le Canada par les armes. Par la suite, ils ont gardé la main haute sur leur conquête par la restriction territoriale et la tentative d'assimilation linguistique du peuple fondateur.

    Les moyens de conquête et d'assimilation ont par la suite été beaucoup plus subtiles et efficaces que les armes: fondation de 9 provinces anglophones et de 3 territoires anglophones contre une seule province francophone. Et maintenant, la seule province francophone a de la difficulté à défendre sa langue dans sa métropole qui est Montréal, car l'immigration est contrôlée par ottawa et par les règles du Canada à majorité anglophone.

    je pense que le temps des discussions stériles est plus que dépassé. Nous sommes devons des choix et des actions, devant l'obligation de nous unir sur un objectif commun, au lieu de nous désintégrer sur nos divergences.

    Et les choix:

    Demeurer dans le Canada, accepter l'assimilation et renoncer à nos droits patrimoniaux.

    Reprendre unilatéralement notre héritage territorial qui est au moins tout le Bas-Canada (frontière de l'Ontario à l'ouest ad l'Atlantique à l'Est). Établir le français comme langue officielle sur ce territoire, notre auto-détermination, notre constitution etc.

    Nous unir avec les États-Unis en devenant un État et en ayant en tête qu'un État a plus de pouvoir qu'une Province et que les États-Uniens sont plus ouverts à la différence.

    Ou regagner la France, notre mère-patrie.

    De quelqu'un qui a beaucoup voyagé et qu'à travers le monde, c'est à Toronto qu'il a le plus de difficultés à défendre sa langue. Chicago est plus ouverte au fait français que Toronto.

    Sans nous, les anglophones du ROC pourront bien choisir ce qu'ils préfèrent. Mais en Amérique, nous avons un avantage culturel sur les anglophones. C'est quoi au juste la spécificité culturelle d'un Canadien Anglais aux états-unis?

  • Claude Archambault - Inscrit 2 mars 2010 09 h 46

    @ Jean-Roch Lapointe

    J'aime votre analyse quoique tordu et simpliste, mais j'aime encore plus vos choix de solution,
    1. Le statuquo que vous décrivez comme l'assimilation mais qui n'est pas cela car le français est bien vivant au Canada, beaucoup plus que les média nous laisse croire, ce qu'il y a c'est plus une haine viscéral des séparatistes et des ayatollah de la langue, et je partage cette haine.

    2. la séparation, par deux fois rejeté par le peuple québécois.

    3. L'union avec les USA, qui serait un suicide garanti car bien que curieux du fait français, les américains forcerait la culture américaine si fortement que l'assimilation se ferait beaucoup plus rapidement et certainement.

    4. Le retour en France, bien moi j'aime bien cette solution, ceux qui ne peuvent accepter de vivre ici avec une culture mixte et riche, peuvent retourner en France ou il vivront en français, il parqueront leur car dans un parking pour aller au drugstore faire du shopping. Aussi il vivront dans une des sociétés des plus socialiste du monde occidental. Ils devraient être très heureux, et ceux qui resteront ici seront enfin libre de faire avancer la province et le pays sans dépenser toutes ces énergies et argent à combattre ce fléau qu'est le nationalisme sectaire séparatiste québécois.

    OUI j'aime bien votre quatrième option.

  • Jean-Roch Lapointe - Inscrit 2 mars 2010 15 h 34

    LA VÉRITÉ EST SIMPLE ET JUSTE!

    @ M. Claude Archambeault

    En général, la vérité est simple et juste; ce qui devient complexe, c'est de ne pas vouloir la croire, ou la croire inaccessible, ou la juger sur de la désinformation.

    Vouloir recouvrer un territoire que nos ancêtres ont découvert et fondé pour leurs descendants, ce n'est pas une séparation, ni une souveraineté, ni du nationalisme, c'est un droit, un héritage légitime.

    Par respect pour mes ancêtres et par amour pour mes descendants, j'ai l'intention de continuer à collaborer pour recouvrer ce Pays qui nous appartient, sans aucune discrimination, sans aucune rancoeur, mais dans le droit et la justice. Si nous ne disons pas la vérité ou voulons en faire abstraction, qui la dira et qui corrigera les erreurs de l'histoire.

    Voyez-vous les Français de France vivrent sur le même territoire que les Anglais d'Angleterre. Voyez-vous Haîti renoncer à son territoire et à son auto-détermination car il est pauvre, dans la misère et post-tragique tremblement de terre. Est-ce que les Slovaques étaient des nationalistes-sectaires-séparatistes quand ils ont décidé de vivre sur leur propre territoire au lieu de vivre conjointement avec les Tchèques?