Lettres - Le défi du clivage entre Montréal et le Québec

Séjournant à Bamako, au Mali, comme coopérant volontaire, il m'arrive de prendre des nouvelles du Québec par l'entremise du Devoir en ligne. L'article cosigné par Louise Beaudoin et Jacques Beauchemin paru dans l'édition de samedi dernier et intitulé «Le pluralisme comme incantation» présente une réflexion qui me semble en tous points juste et mesurée. Leur analyse nous projette hors du strict champ du débat linguistique pour nous renvoyer à celui de la société commune à partager.

À l'enjeu de la langue publique commune, débat québécois lancinant, se juxtapose en effet ici le débat contemporain, quasi universel, de la coexistence dans nos sociétés modernes de la diversité sous toutes ses formes et des rapports entre majorité et minorités. Les auteurs posent correctement le débat théorique.

Chez nous, en pratique, c'est essentiellement à Montréal que la question se pose dans la vie quotidienne. Si le Québec tout entier a réussi à entrer dans la modernité avec la Révolution tranquille, le présent débat de société s'annonce dans des conditions différentes. Le Québec a changé; Montréal a changé. Dans les années 60, les années de l'Expo, les Québécois de toutes les régions se reconnaissaient avec fierté dans le développement et le rayonnement de leur métropole. Ce n'est plus toujours le cas. D'autre part, nombreux sont les nouveaux Montréalais à tout ignorer du Québec. On assiste à un décrochage certain entre Montréal et les régions. Or ce décrochage pèse déjà lourdement dans le débat. Le défi demeure donc entier de développer les lieux d'une vision et d'une expérience partagées.

Ce défi est d'autant plus grand que le Québec demeure divisé et s'est refusé jusqu'à maintenant toute occasion de se rassembler autour d'un projet commun partagé. Voilà justement où le bât blesse: pour ceux de nos concitoyens qui ont choisi le Canada comme société de référence, il ne saurait être question d'encourager outre mesure l'émergence d'une société de référence différente de celle qu'ils ont décidé de privilégier. Pour ceux de nos concitoyens pour qui l'État, quel qu'il soit, représente un frein plutôt qu'un moteur du développement, le projet d'un État du Québec fort n'est pas plus souhaitable. Et, malheureusement, pour trop de nos compatriotes, l'incapacité du Québec à choisir la souveraineté, soit le seul destin qui pourrait projeter positivement notre société vers l'avenir et apaiser les angoisses identitaires, les ramène toujours à la dimension congrue de notre aventure historique commune, soit celle de la seule question linguistique. Le Québec saura-t-il retrouver l'élan qui lui permette de briser ce cercle vicieux?

Et pourtant, vu du Mali, le cinquantenaire des indépendances africaines donne le vertige...

***

Robert Perreault - Ex-ministre de la Métropole, et ex-ministre de l'Immigration et des Relations avec les Citoyens sous le gouvernement de Lucien Bouchard
1 commentaire
  • jacques noel - Inscrit 16 février 2010 07 h 20

    Pourquoi avez-vous démissionné?

    Votre démission, soudaine et inatendue, demeure toujours un mystère? Pourquoi vous nous donner pas LA raison de votre démission?