Lettres - Mauvaise foi

Gérard Deltell s'attaque à la sécurité d'emploi dans la fonction publique. Il prétend que nous pourrions économiser 600 millions de dollars par année. Je n'ai rien contre le fait de congédier des incompétents ou d'annuler des postes inutiles. Mais y a-t-il tant d'incompétents? Quel est, selon vous, le pourcentage d'incompétents? Et comment ferions-nous pour déterminer, sans équivoque, qui est un incompétent? D'ailleurs, les employés de l'État ne doivent-ils pas réussir des examens de compétences pour obtenir un emploi?

De plus, sachant que depuis plusieurs années un employé sur deux n'est pas remplacé, est-ce une priorité nationale de s'attaquer, sans trop de nuances en plus, aux fonctionnaires? Qui plus est, d'ici cinq ans, des milliers et des milliers de fonctionnaires partiront à la retraite. Il me semble qu'il y a un processus de «dégraissage» naturel en place; il me semble que ça ne va pas aussi mal que semble le croire M. Deltell.

Deltell, selon moi, tente d'exacerber la «haine» de certaines personnes (les électeurs typiques de l'ADQ — très populistes) envers les fonctionnaires et ainsi augmenter la cote de popularité de son parti.

C'est bien de vouloir économiser, mais il faudrait sentir que ce n'est pas une opération politique qui se cache derrière cela. Et si ce n'est pas une manoeuvre pour attirer des électeurs à son parti et que Deltell veut vraiment économiser de l'argent, je lui suggère de regarder du côté des redevances sur les mines, du coût trop élevé que l'État québécois paye pour les médicaments génériques, de l'exportation d'eau potable, des coûts de la construction des routes, des évasions fiscales, etc., qui nous rapporteraient non pas 600 millions, mais des milliards! Si Deltell avait le sens des priorités développé (ou s'il était de bonne foi), il se pencherait d'abord sur ces ressources financières potentielles.

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David Doyon - Le 9 février 2010
2 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 11 février 2010 08 h 56

    Toute simple

    Oui, elle est toute simple l'idéologie conservatrice : niveler vers le bas la rémunération et les conditions de travail décentes qu'ont obtenues les syndiqués par la négociation. Il ne vient jamais à l'idée des conservateurs de se battre pour que les travailleurs, notamment les travailleurs non-syndiqués, aient eux aussi une rémunération et des conditions de travail décentes. Ils ne veulent évidemment pas partager. Ça, c'est à moé, juste à moé !
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • Pierre Bernier - Abonné 11 février 2010 11 h 46

    Carences ?

    Comme le répète souvent monsieur Deltell, il ne sait pas tout. Le métier de journaliste télé forme à la présentation de l'image, pas à l'analyse des tenants et des aboutissants, et surtout pas au pourquoi des choses.

    Un régime de carrière, pour encadrer une fonction publique d'État, comporte des obligations pour l'employeur afin que l'appareil administratif et la population qu'il sert profitent de tous les bénéfices de ce mode d'organisation... irremplaçable en démocratie.

    Une de celle-là est de s'assurer de la formation continue pertinente des agents pour qu'ils puissent opérer efficacement au fur et à mesure de l'évolution des structures que le gouvernement est seul à déterminer.

    Si des services semblent ne servir à rien, c'est donc à l'employeur de corriger la situation en vertu de ses responsabilités organisationnelles. Les fonctionnaire qui y sont affectés n'y sont pour rien.

    Et ce, même si l'« image » perçue et colportée par les démagogues, nourris par les obsédés de l'heure de tombée, reste toujours silencieuse sur cet aspect déterminant.