Lettres - De connaissances et de compétences

Il y a quelques jours, faisant écho à un travail de la Commission scolaire de Montréal, de l'Alliance des professeurs de Montréal et aux intentions du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, un article de La Presse titrait: «Exit les compétences, place aux connaissances». Et les bulletins scolaires projetés, qui seront uniformisés semble-t-il, feront état principalement des connaissances, sans oublier quelques compétences qui seront mentionnées «en complément»! Dans tout ce charabia entretenu pour décrire les orientations de notre système d'éducation, le mot «connaissances» est-il un terme générique pour désigner des choses que l'on ne sait pas nommer ou s'agit-il d'une catégorie d'apprentissage bien identifiée?

Bien sûr, dans la plupart des matières, les enfants acquièrent des connaissances, mais développent aussi des habiletés plus ou moins complexes, des savoir-faire, des stratégies et des attitudes qui ne sont pas à proprement parler des connaissances ni des compétences. Plusieurs ouvrages ont pourtant été publiés sur le sujet. Les connaissances, lorsqu'elles sont évoquées, renvoient à des bribes d'information que l'on doit mémoriser pour être «redites» sur demande. Nombre de jeux télévisés en regorgent.

Le flou ou l'ambiguïté entourant l'utilisation du terme «connaissances» pour corriger certaines dérives du renouveau pédagogique pourrait bien donner aux détracteurs de cette «réforme de la réforme» des arguments de poids pour décrier à tort, faut-il le souhaiter, les apparences d'un retour à l'encyclopédisme, aux apprentissages par coeur poussés à l'excès. Ce n'est sans doute pas ce qui est visé, mais la pauvreté du vocabulaire a de quoi inquiéter et ne peut que déteindre sur les façons d'évaluer. Tout comme l'utilisation abusive du mot «chose» pour nommer des objets ou des événements, faute de mieux!

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Gérard Scallon - Professeur associé, Université Laval, Québec

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2 commentaires
  • Michele - Inscrite 10 février 2010 09 h 16

    La science et les savoirs

    Ici, en plus du manque de précision sur ce qu'on entend par connaissances, on pourrait rajouter que dans le domaine de l'épistémologie sociale, champ de recherche s'intéressant aux productions des savoirs dans les sociétés, on préconise un pluralisme des savoirs, sans hiérarchisation. Bref, en 2010 les savoirs pratiques sont considérés aussi valides que les savoirs propositionnels. Conséquemment ce que l'Alliance semble proposer va à l'encontre des avancées scientifiques.

  • Jacques Morissette - Inscrit 10 février 2010 13 h 02

    Pour que chacun évolue en harmonie.

    Il n'y a pas que la connaissance dont on doit tenir compte pour évoluer en harmonie. Il faut, en plus d'utiliser sa raison, savoir considérer ses sentiments, ses émotions, sa mémoire à bon escient. Le problème de nos sociétés occidentales, c'est que nous utilisons beaucoup trop la raison, par rapport au reste. En bref, il faudrait savoir remettre Descartes (le cartésianisme) à sa place.