Lettres - The Caisses pop

Depuis quelque temps, lorsque j'appelle à ma Caisse populaire Desjardins, en plein coeur du «French Quarter» de Montréal — le Plateau —, le service automatisé me répond dans une sublime maîtrise de la langue parfait-bilingue.

Quand je demande, poliment, aux gens de ma caisse pourquoi il en est ainsi, on me répond invariablement que je ne suis pas le seul à poser la question, mais que, d'autre part, beaucoup de nouveaux clients «viennent d'ailleurs».

La logique est claire et nette: ailleurs et anglais, c'est la même chose. Notre propre langue nous confine à notre garde-robe, tandis que, pour le reste de l'univers, il y a le tout-puissant anglais. C'est bien simple, non seulement la planète entière parle anglais, mais probablement les extraterrestres aussi. Si ma caisse ouvrait une succursale sur la planète Mars, pas de doute, elle ferait là-bas aussi avec zèle la promotion de la langue des maîtres.

Ma Caisse, je n'en doute pas, a à coeur de bien servir sa clientèle. Manifestement, elle pense que pour y parvenir, elle doit offrir l'anglais à son nouveau client qui arrive du Yémen, d'Haïti, de la Chine, de la France, d'Allemagne ou d'ailleurs. À cet immigrant qui, dans les faits, parle souvent moins anglais que vous et moi, et qui, s'il le baragouine quelque peu, pourrait apprendre autant de français en l'espace de quelques jours.

Cet asservissement à l'anglais, qu'il soit ou non déguisé en bonnes manières ou en principe d'affaires, envoie un message tonitruant à l'immigrant: «Vous êtes ici au Canada, la langue nationale y est l'anglais, le français étant celle des indigènes de la tribu québécoise, dont vous ne faites pas partie.» C'est simple, c'est clair, et c'est dommage. Si ma Caisse ne quitte pas cette navrante posture, j'ai bien envie d'aller prêter mon argent à quelqu'un d'autre.

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Nic Payne - Montréal, le 18 décembre 2009

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