Lettres - Indépendance et nationalisme provincial

Il y a quelques semaines, on nous annonçait la tenue prochaine d'un colloque péquiste et, précédant tout juste ce rassemblement, le lancement d'un livre de Jacques Parizeau.


Ceux que le potentiel de controverse de cette séquence d'événements faisait saliver n'avaient peut-être pas prévu que l'ouvrage de l'ex-premier ministre éviterait la polémique et ils oubliaient peut-être que le PQ, depuis un moment, est en mode «flou artistique», donc difficile à coincer, quant à la réalisation de l'indépendance.

Ainsi, cette semaine s'est déroulée sans turbulence ni déchirage de chemise, tant et si bien que les médias n'ont pu que parler d'indépendance, et seulement d'indépendance, pendant plusieurs jours, sans la moindre diversion. Ça ne s'était pas vu depuis des siècles, et il faut, ne serait-ce que pour cela, saluer la sagesse, et le dévouement, de M. Parizeau.

Sauf que, si on met en parallèle le discours de M. Parizeau et les vapeurs qui émanent actuellement du PQ, on trouve bel et bien un important clivage, tout aussi spectaculaire que si le premier avait accusé le second d'être dans les patates.

Alors que, d'un côté, on parle calmement et sereinement d'indépendance, de l'autre, on s'affaire surtout à manipuler l'ingrédient instable — et déprimant, en ce qui me concerne — du nationalisme provincial.

Loi 101, constitution, cour suprême, etc. Bref, on joue défensif, dans un film que l'on a vu et revu depuis quarante ans, dont on connaît l'issue, invariable: c'est Ottawa qui tranche.

Cette façon qu'a le Parti québécois d'aborder les questions d'identité et de langue, sans d'abord proposer un indépendantisme consistant et décomplexé, relève clairement de ce que j'appelle le nationalisme compensatoire.

Cette démarche, qui tend à poursuivre l'oeuvre nationaliste de l'Union nationale et des libéraux d'autrefois, et qui fait comme si nous n'avions pas foncé dans le mur canadien depuis, est devenue une mauvaise manie si on la regarde sous l'angle indépendantiste.

Parce que non seulement est-elle porteuse d'autant de défis électoraux que l'indépendance elle-même, sinon plus parce qu'elle ajoute le fardeau de la suspicion d'un l'échéancier caché, mais en plus, ceux qui la proposent font du même souffle la démonstration, volontaire ou non, qu'il est possible de satisfaire les aspirations québécoises à l'intérieur de la tutelle fédérale.

À mon sens, l'indépendance devrait être favorisée comme moyen de régler les questions identitaires, et non le cadre provincial. Proposons l'indépendance pour agir, et non pas l'action en attendant l'indépendance.

On peut être en accord ou non avec ce que j'avance ici. Mais on doit admettre que, cette semaine, et depuis un certain temps, Parizeau et le PQ ne parlent pas de la même chose.