Paradoxal Québec

Les articles parus sur l'intégration des médecins étrangers au Québec font état de la non-application des accords de réciprocité de reconnaissance des diplômes et du droit d'exercice, conclus en particulier entre le Québec et l'Ontario, ou le Québec et la France. Cela n'est pas pour nous étonner, ma femme et moi-même, tous deux médecins français spécialistes, qui avons appris à connaître le protectionnisme féroce exercé par le Collège des médecins du Québec.

Les arguments allégués, en particulier la formation insuffisante des médecins étrangers, font sourire dans leur mauvaise foi, en particulier en ce qui concerne les diplômes européens, que nous connaissons bien. La raison est davantage à chercher dans le maintien des privilèges acquis chez les médecins et dans le contrôle des coûts de la santé du côté du gouvernement. Cette collusion de fait se traduit par la difficulté d'accès aux soins pour la population, dont chaque Québécois fait cruellement l'expérience au quotidien.

Mais cela n'est qu'un cas de figure du protectionnisme pratiqué par des dizaines d'ordres professionnels au Québec: ingénieurs, vétérinaires, dentistes, plombiers, etc., ledit protectionnisme interdisant de fait toute insertion professionnelle aux immigrants dans leur domaine de compétence.

La mollesse du pouvoir politique en ce domaine contraste avec la campagne permanente d'immigration «choisie» menée très activement par le Québec dans les pays européens, France en tête. À l'arrivée, et rapidement (en moins de deux ans), 90 % environ des «maudits Français» repartent ailleurs (statistiques de l'ANAEM). C'est le cas en particulier des médecins, mais aussi des infirmières, dont le manque est pourtant criant ici.