Gains péquistes ou libéraux?

Dans un article publié dans l'édition du 9 juin, Robert Dutrisac rapporte les propos de Gilles Duceppe, qui énumère les «trois gros gains» du Québec dans ses négociations avec Ottawa: l'entente Collin-Couture en matière d'immigration, l'entente sur la main-d'oeuvre de 1997 et «les commissions scolaires en 1999». Ces ententes ayant toutes été conclues par des gouvernements du Parti québécois, il en conclut que le PQ a toute la crédibilité requise pour arracher de nouvelles concessions au gouvernement fédéral, comme autant d'étapes vers la souveraineté.

M. Duceppe a la mémoire plutôt sélective. Le seul gain réel parmi ces trois ententes est la première, mais il faut dire qu'elle est grandement complétée par l'accord Canada-Québec relatif à l'immigration (dite «entente Gagnon-Tremblay-McDougall») de 1991, unique en son genre et qui traite très favorablement le Québec (par rapport aux autres provinces). En matière de main-d'oeuvre, ce qui est souvent décrit comme un «gain» pour le Québec a en fait été offert à toutes les provinces, offre dont plusieurs se sont prévalues depuis. Enfin, il est difficile de voir en quoi la conversion des commissions scolaires confessionnelles du Québec en commissions scolaires linguistiques (conversion aussi obtenue par Terre-Neuve) constitue un «gain» pour le Québec, à moins bien sûr que M. Duceppe veuille laisser entendre qu'il puisse y avoir des solutions gagnant-gagnant en matière de relations fédérales-provinciales.

Bref, si M. Duceppe était vraiment à Ottawa pour représenter tous les Québécois et défendre leurs intérêts comme il le prétend, il aurait probablement cité de véritables gains pour lesquels le Québec s'est vraiment distingué des autres provinces (accord Canada-Québec de 1991, perception de la TPS par Revenu Québec, rétablissement de l'équilibre fiscal, reconnaissance de la nation québécoise par la Chambre des communes, etc.), même si pour ce faire il eût dû donner une partie du crédit au parti gouvernemental à Québec.

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