Avec ou sans enfants

Je mets au défi le chroniqueur du Devoir Louis Hamelin de trouver une citation de moi disant ou même suggérant que «tout écrivain devrait avoir des enfants»! C'est une absurdité bien sûr.

Et je regrette que M. Hamelin n'ait pas saisi l'humour de la délicieuse boutade de Göran Tunström (qu'il appelle si finement Truc Muche): «Longtemps j'ai cru qu'un écrivain ne devait pas avoir d'enfants, et puis la naissance de mon fils a transformé mon langage — alors maintenant je décrète: tout écrivain DOIT avoir trois enfants!»

En préparant récemment un dossier consacré au thème Pourquoi fait-on des enfants? (n° 27, mars 2009) la rédaction de Philosophie Magazine a proposé de publier ma réponse face à celle du nihiliste Roland Jaccard avec le titre général: «Peut-on se réaliser sans enfants?» (RJ: oui; NH: non) J'ai vigoureusement protesté et obtenu de remplacer ce titre par celui-ci: «Est-il absurde d'enfanter?» (RJ: oui; NH: non).

Dans Journal de la création (1990), j'ai écrit: «L'essentiel, ce n'est ni les enfants ni les oeuvres d'art, c'est ce que l'on considère comme essentiel. Bien sûr, quand l'essentiel se déplace, ça peut faire très mal. Mais personne n'a le droit de dire, à la place de quelqu'un d'autre: il (ou elle) n'a pas fait d'oeuvre (ou d'enfant), donc elle (ou il) a raté l'essentiel.» C'est encore ce que je pense aujourd'hui.

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