Une autre voie que l'apostasie

Douloureux, pour nous chrétiens, que nos soeurs et nos frères nous quittent. Plus douloureux encore le sentiment de leur avoir fait défaut. On ne peut que respecter les choix des consciences. Néanmoins, ces apostasies nous interpellent. Un tel ressentiment envers l'Église est-il mérité? Oui et non, me semble-t-il.

Oui, mérité. Du peuple de Dieu, on a fait des sujets du Vatican. Crise d'autorité croissante, accentuée par Jean-Paul II: d'où ressentiment des chrétiens. Au peuple de Dieu, on a prêché, on prêche encore une morale de moines, au lieu d'écouter là-dessus les chrétiens. Crise éthique: d'où ressentiment des gens ordinaires, des couples, des homosexuels, des divorcés. Dans le peuple de Dieu, on n'admet les femmes qu'à demi. Crise égalitaire: ressentiment des chrétiennes. Le peuple de Dieu vit une révolution des savoirs, des moeurs et des peuples, à laquelle résiste une hiérarchie figée, âgée, qui cherche à se reproduire sans changer: crise de modernité et de démocratie. À tel point qu'il se développe, en marge de la hiérarchie, une autre Église, une espèce d'Église du peuple de Dieu qui fait les choix et les travaux dont l'Église officielle n'a pas encore le courage.

Mais il y a le non. À Vatican II, nous avons ouvert d'admirables voies vers l'avenir. Il faut poursuivre. Une chose me frappe. Toutes ces voix amères, qui voudraient une Église différente, semblent croire que l'Église est en haut. Quelle ironie! C'est aussi l'idée de certains au Vatican, qui se croient seuls l'Église. Ils ont tort. L'Église est en bas: c'est l'Assemblée du peuple de Dieu, un peuple qui est largement d'accord avec les voix amères. Le malheur serait que, irrité contre un passé révolu et une autorité surannée, on s'attaque à tort à des frères chrétiens qui ont les mêmes valeurs ouvertes, on abandonne une communauté chrétienne qui travaille à faire l'Église de demain.

Aux chrétiens qui veulent manifester leur désaccord avec le Vatican d'aujourd'hui, une autre voie que l'apostasie est ouverte. Celle de faire, avec de très larges groupes de militants et de penseurs courageux, l'Église de demain.

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