Les rois et le bas de laine

Pendant qu'aux États-Unis la statue de l'économie se déboulonnait et qu'au Québec les médias rapportaient l'écho d'une crise appréhendée, nous, bons Québécois, sommes restés calmes et sereins. Jusqu'à ce que la situation nous rattrape et qu'on apprenne que le bas de laine de la CDP est passablement effiloché et qu'on s'interroge sur la conduite des «grosses pointures» qui le portent. En toute sérénité, on constate que l'histoire nous rattrape.

Il fut un temps où les rois laissaient aux gens de la cour le soin de se négocier des titres de noblesse et des rentes viagères payées à même les impôts du peuple. Il fut un temps ou d'autres rois détournaient des fonds destinés à des fins humanitaires vers des comptes secrets de banques suisses.

Il est maintenant un temps où des rois d'entreprises inscrites en Bourse s'allouent à même les épargnes des actionnaires des options d'actions et des primes en prenant la «prime au rendement» comme alibi à la rétention. Il fut un temps où, pour ces motifs, on coupait la tête des rois et on exilait des empereurs.

Mais il est maintenant un temps où l'on reste calme et serein, comme ce couple de petits prêteurs qui écoute sans broncher les sévères conditions d'octroi d'un petit prêt et que j'ai vu se faire sermonner par le gérant d'une grande banque sur les règles à suivre pour bien gérer le petit prêt.

Décidément, l'histoire nous a rattrapés quand s'élève d'outre-tombe cette réflexion de Chateaubriand: «La rapidité des fortunes, la vulgarité des moeurs, la promptitude de l'élévation et de l'abaissement des personnages modernes, ôtera, je le crains, à notre temps, une partie de la noblesse de l'histoire.»

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